jeudi 28 novembre 2013

Mali: IBK, le tribaliste




« Si tes propos divergent de tes actes, on te jugera sur tes actes ! », dit le dicton. Appliqué au président malien Ibrahim Boubacar Keita dit IBK, cette vérité le révèle sous les traits d’un tribaliste qui se donne des accents de nationaliste rassembleur !
Nous ne reviendrons pas sur sa trahison, relativement aux espoirs de changement qu’il avait suscités chez les masses qui avaient fait un large consensus autour de lui ! Retenons simplement que le slogan « Le Mali d’abord ! » qu’il avait brandi, s’est vite mué en « Mon clan politique et ma famille d’abord ! », traduit par des nominations népotistes au Gouvernement qu’il a composé !
Ce penchant népotiste ou tribaliste est couronné par la volonté d’IBK d’imposer son fils comme député à l’Assemblée nationale.

Un Karim qui en rappelle un autre

Un Karim que son père-président voulait imposer à ses gouvernés ! C’était au Sénégal, avec la dynastie Wade. L’Histoire se répète, en un très court laps de temps ! Et cette fois-ci, dans l’État voisin du Mali, avec le clan Keita. Très curieux et très révélateur de la conception patrimoniale du pouvoir qui prévaut encore chez nous !
En effet, Karim Keita, fils d’IBK, sitôt son père élu, a cru bon d’en imposer aux Maliens, en se présentant comme candidat aux législatives, lui qui jusqu’alors ne se mêlait pas de politique ! Dans la Commune II où il est candidat, le « prince » Karim Keita distribue de l’argent comme des feuilles d’arbre aux électeurs! Il se livre aux achats de vote, au vu et au su de tous !
Certains vont jusqu’à dire que Karim Keita serait encore plus riche que son père milliardaire! On peut se demander comment Karim Keita, naguère étudiant au Canada, a fait pour amasser une telle fortune, en si peu de temps
Poussant l’arrogance et l’indécence au bout, le « prince » mandenka Karim Keita s’est associé à un homme d’affaire du nom d’Hadi Niangadou, surnommé Joe Walaki, propriétaire d’une agence immobilière, pour ne pas dire un spéculateur foncier.
Dans son édition du 15 novembre, l’hebdomadaire Le Sphinx faisait état d’une tentative de lynchage à leur endroit, de la part des habitants de la Commune. On espérait donc que son fils ne passerait pas. Ce qui aurait pour effet de calmer la grogne populaire. Cependant, Karim Keita et ses colistiers sont en tête au premier tour et compte l’emporter le 15 décembre prochain.

Une affaire qui sent le souffre

Tout se passe comme si IBK, au mépris des conseils qui lui ont été prodigués, nostalgique de la légende tissée autour du fictif ancêtre Son-Djata, se croit investi d’une royauté qui lui reviendrait de droit ! Surtout quand on sait que le Ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé de la promotion de l’investissement et de l’initiative privée,  Moustapha Ben Barka, est aussi le neveu direct de sa femme !
En ce moment où l’épopée du Capitaine-Général Sanogo vire au vinaigre, à cause notamment du courroux créé au sein de son propre corps des Bérets verts qu’il a trahis par ses excès, cet écart d’IBK risque d’avoir des répercussions insoupçonnées…
Cette affaire ne présage rien de bon et IBK et son fils ne pourront que s'en mordre le doigt! Comme si IBK, par masochisme, utilisait son fils comme la flèche qui l'atteindra en plein cœur et le fera dégringoler de son trône ancestral! Mais, comme le dit un proverbe malien, "celui dont la fin est imminente, n'écoute pas de conseils!"
Dans le meilleur des cas, Karim Keita du Mali, finira comme son homonyme Karim Wade du Sénégal que son père voulait imposer aux Sénégalais!

Mountaga Fané Kantéka

jeudi 31 octobre 2013

Ces constructions sauvages au bord du fleuve




Edito du Filon 06 du 06 Décembre 2012


L’anarchique urbanisation de Bamako a défiguré la ville au lieu de l’embellir. S’il est impossible de revenir totalement en arrière, l’urgence recommande cependant de casser toutes les constructions sauvages érigées au bord du fleuve, au mépris des normes de bornage. De Kalaban à Faso Kanou, la rive droite du fleuve Niger est emprisonnée dans une jungle de béton, obstruant toute vue sur le fleuve et bloquant tout passage. Pour aller d’un coin à l’autre, le piéton est obligé de faire de longs et intempestifs détours, le forçant à emprunter les routes enfumées et sans trottoir, risquant à tout moment de se faire écraser par un automobiliste ou un motocycliste.
Les espaces devant servir de passage-piéton ont été illégalement accaparés par des riches avec la complicité des véreux agents administratifs. Ils ont construit jusqu’à dans le lit du fleuve, comme s’ils voulaient freiner les crues ou précipiter l’assèchement du cours d’eau. Certains ont été punis pour leur aveuglément, leurs constructions réalisées à coups de centaines de millions de francs CFA, étant inhabitables, car inondées pendant l’hivernage.
C’est un désastre environnemental à l’aune de l’arrogance et la criminalité des nouveaux riches du Mali. Leur égoïsme puant et leur monstrueuse avidité transparaissent à chaque détour qu’on est contraint de faire pour se frayer un chemin vers la brise fluviale. Ils ne respectent pas même les petits espaces devant exister entre deux bâtiments. Le propriétaire de Badala Hôtel un certain Thiam est un exemple du genre. Non content d’avoir un grand espace au bord du fleuve dont il tire d’énormes profits, il a aussi récupéré la petite aire  qui sépare son hôtel du fleuve, poussant l’égocentrisme jusqu’à supprimer le petit coin aménagé qui servait de lieu de villégiature pour les amoureux du fleuve. Ce monsieur pestait chaque fois qu’il voyait quelqu’un assis-là pour contempler le fleuve. Pour lui et ses semblables destructeurs de l’environnement –, la loi de l’argent prime sur toute autre valeur. Le droit de se promener, le droit de respirer l’air pur et le droit de se relaxer au bord du fleuve étant l’apanage des parvenus ou des touristes blancs qui leur servent de clients.
Jouissant d’une inacceptable impunité dans un Etat déliquescent, ils ne mesurent pas toute l’ampleur de leur crime contre l’environnement et la société. Les petits jardiniers qui occupent les quelques rares espaces provisoirement épargnés, affirment avec stoïcisme : « Il ne leur reste plus qu’à venir construire au milieu du fleuve! » Ils le feront à coup sûr si l’on continue à les laisser faire. Ils iront jusqu’à réclamer des droits de passage aux pêcheurs dont ils ont pris l’espace et obligé à s’entasser comme des abeilles dans une ruche.
Qui leur a accordé le permis de construire ? C’est une question au cœur de notre investigation. Beaucoup de noms circulent en la matière… En attendant de faire le tour de la question, nous invitons les nouvelles autorités à envisager la destruction pure et simple de ces échafaudages intempestifs. Si elles ne le font pas, ce sont les populations étouffées qui le feront dans des conditions tragiques. Ce problème est une source de remous social, dans un contexte de démographie galopante où l’on n’a pas prévu d’espaces de loisirs pour une jeunesse en proie au chômage endémique.

Mountaga Fané Kantéka

NB: Le compte à rebours a commencé par l'action en justice enclenchée par les notables de Badalabougou contre une construction de Malivision, faite dans le lit du fleuve.

mardi 8 octobre 2013

ENQUÊTE : BADALA SEMA : LE RICHISSIME BABOU YARA PROVOQUE UN LITIGE FONCIER AUX ALLURES DE WESTERN


 
NB : Cette enquête a été publiée en deux volets dans l’heddomadaire malien Le Sphinx, les vendredi 27 mai et 3 juin 2011. Le commerçant en question, Babou Yara, entretient des liens très intimes avec le président IBK . Certains disent que c’est l’homme chargé de blanchir son argent…

La convoitise de la terre constitue aujourd’hui l’une des principales sources de tensions au Mali, au point d’être une cause potentielle de révolution sociale dans ce pays. L’appétit de grandeur de certains de nos concitoyens se manifeste notamment par le besoin irrépressible de prendre plus d’espace au détriment du voisinage. Quitte à sacrifier l’harmonie sociale et environnementale. Souvent avec la complicité d’un Etat laxiste et gangréné par la corruption de ses agents. Cela débouche inévitablement sur des situations explosives aux conséquences imprévisibles. C’est le cas avec cette affaire mettant en joute le riche commerçant Babou Yara et la jeunesse de Badala Sema, révoltée et décidée à ne pas se laisser étouffer. Voilà une histoire qui risque de faire tomber beaucoup de têtes…

Il n’y a pas si longtemps, juste en face du Palais de la Culture (rebaptisée Centre Amadou Hampaté Ba) s’étalait un rectangle boisé, parsemé de flamboyants cinquantenaires, abritant un vieux fleuriste du nom de N’Diaye, installé là depuis belle lurette. Un ombrageux et paisible jardin offrant une vue aussi romanesque que romantique…
Hélas, cette vision paradisiaque a fait long feu ! Quand vous passez maintenant au même endroit, c’est tout un spectacle insolite qui vous frappe. Le choc devant la sinistre métamorphose ! La petite forêt de flamboyants cinquantenaires, comme dans un cauchemar, s’est miraculeusement transformée en un vaste cimetière d’arbres ensanglantés. Plus de cents pieds fauchés en l’espace de quelques jours de ce mois de mai. Des géants gisent là, découpés en petits morceaux, suscitant une immense et pénible sensation de désertification. Une véritable hécatombe ! En toile de fond de ce tableau de désolation se dresse une blanche et imposante maison en étages.  (voir la photo)

BABOU YARA VOUÉ AUX GÉMONIES


Il n’en a pas fallu longtemps pour que ce mini scandale écologique provoque une levée de boucliers au niveau des jeunes du quartier. Un tollé dont les échos se sont très vite propagés, poussant les plus vieux à se rallier à la cause. Ainsi, deux assemblées, regroupant une centaine de personnes, se sont tenues à l’endroit du désastre, le mardi 17 et mercredi 18 mai derniers.
Alertés par le voisinage, nous nous sommes rendus avec notre équipe sur le lieu du crime. Plus d’une vingtaine de témoins interrogés et sur toutes les lèvres, un nom : Babou Yara ! Et comme pour rendre la nouvelle plus officielle, des affiches étaient collées un peu partout avec cette mention :

« La jeunesse de Badala dit non à la spéculation et à l’anarchie foncières.
 Babou Yara : un démon contre la jeunesse de Badala.
 Nous disons non à l’occupation illicite de nos espaces verts.» (voir la photo)

Spéculation et anarchie foncières, occupation illicite ! En plein dans le mille ! Tout est dit ici ! Et Babou Yara, c’est le nom de l’auteur de ces fléaux, suivis de massacre écologique. Il est très riche et il a une  réputation qui ne plaide pas en sa faveur, comme nous l’apprendra la suite de notre enquête dans le quartier et en dehors. Un unanime jugement l’accable d’être un « prédateur » qui ne peut voir un morceau de terrain sans le convoiter. On l’accuse d’avoir jeté son dévolu sur nombre d’espaces vitaux du quartier. Notamment les allées longeant l’Avenue de l’OUA, en face de la pâtisserie ‘’Amandines’’ et le terrain de football du marché de Badala. Et à tous les coups, il s’en est suivi des levées de boucliers, ayant donné lieu à une intervention au plus haut niveau, pour stopper l’hémorragie.
« Encore lui !», c’est l’exclamation qui nous accueillait chaque fois que nous cherchions la confirmation de nos informations. Cette fois-ci, la situation semble avoir atteint le seuil critique avec cette agression sauvage sur la nature. Une agression déplorée en des termes comme : « S’il commence maintenant à couper nos arbres, comment va-t-on respirer? », ou : « Des organismes investissent des millions pour le reboisement du pays, et lui vient les couper… » ou encore : « Si on le laisse faire, il finira par revendiquer le toit de nos maisons. », etc.
A ces graves accusations, vient s’ajouter un incident, donnant à l’affaire une tournure de Far-West…

POURSUITE DANS LA NUIT ET MENACE DE MORT


Dans la ferveur du deuxième rassemblement du mercredi 18 mai, l’un des jeunes leaders du mouvement de protestations, Oumar Barou Diallo, a eu la frayeur de sa vie. En effet, en quittant la maison paternelle de Badala (tout près du lieu litigieux) pour se rendre chez lui à Magnambougou en moto, une bien désagréable surprise l’attendait. C’était aux alentours de minuit.
Quatre jeunes gens, enfourchant des motos Djakarta, l’ont suivi et encerclé au niveau du tournoi de Daoudabougou, l’apostrophant en ces termes : « Fils de grande gueule, si tu n’arrêtes pas d’exhorter les jeunes avec tes harangues, nous allons te… tuer. Nous connaissons les lieux où  tu opères. Demande-donc à ton père combien coûte la maison qu’il occupe et Babou Yara va l’acheter pour l’ajouter à sa cour. » (Sic)
De quoi vous donner la chair de poule ! Le jeune homme se tira de ce guêpier, grâce à la providence qui plaça sur sa route un auto-stoppeur de sa connaissance qu’il s’empressa de prendre à sa croupe. Le lendemain, accompagné de trois témoins, il se rendit au commissariat du 4e arrondissement pour porter plainte. L’agent en poste lui conseilla de saisir directement le procureur du Tribunal de la Commune V. Le lundi 23 mai, il vint nous informer que sa plainte a été enregistrée le jour même.
Pourquoi tant de ferveur autour de cette bande de terre ?

VANITÉ OU MERCANTILISME ?


Il faut le rappeler, Babou Yara est aussi le propriétaire de la grande maison blanche dont la vision a surgi sur les décombres des flamboyants phagocytés. La grande maison blanche sans laquelle le problème n’aurait peut-être pas existé… Les spéculations vont bon train sur les mobiles du riche homme d’affaires. Tantôt, on lui attribue l’intention d’avoir voulu mettre en valeur sa luxueuse demeure, naguère cachée par la forêt de flamboyants et d’aménager à leur place un espace vert plus compatible avec le faste de son palace. Tantôt, on lui prête des désirs mercantiles visant à construire sur les lieux du désastre des magasins à usage commercial, un parking pour auto, ou une station  d’essence…
Qu’en est-il réellement? Et surtout à quel titre Babou Yara s’est-il arrogé le droit de décimer le jardin ? Qui lui a attribué ou lui a fait croire qu’il avait ce titre? Pourquoi? Autant de questions qui ont guidé nos investigations auprès des protagonistes de cet imbroglio et dont les réponses—très déroutantes— feront l’objet d’une prochaine publication.  C’est sûr, beaucoup de têtes vont tomber. À moins que ce pays n’éprouve un plaisir masochiste à demeurer une éternelle jungle…

À suivre

Mountaga Fané Kantéka (collaboration spéciale)



Enquête : Affaire Babou Yara (suite) : un scandale à rebondissements causé par la sema-sa


Muni d’une décision judiciaire et d’une sommation de déguerpissement, le riche commerçant Babou Yara est venu saccager le jardin sis en face du Palais de la Culture à Badala. De quel titre se prévaut-il ? Qui lui a transmis ce titre ? A quelles conditions ? L’autorité qui lui a accordé ce privilège est-elle habilitée à le faire? Dans la négative, comment un tel scénario peut-il se produire au Mali ? Qui sont les protagonistes de cette rocambolesque affaire ?
Autant d’interrogations se situant au cœur de cette enquête, démontrant avec quelle légèreté on commet les actes les plus répréhensibles dans ce pays, sans scrupules

Quand le vendredi 20 mai (2011), notre quatuor d’investigateurs écumait Badala-Sema en quête d ‘informations sur cette scabreuse affaire, les jeunes du quartier avait déjà fait la moitié du boulot. Ils savaient déjà que c’était un employé de la SEMA (Société d’Equipement du Mali) qui avait accordé un contrat d’exploitation à monsieur Babou Yara, pour une période de dix ou vingt ans, moyennant la modique somme de trois millions de francs CFA.
Ils savaient par ailleurs que ce contrat était « nul et non avenu ». Pourquoi? Pour la simple raison que la SEMA ne peut ni disposer ni consentir une quelconque transaction sur un espace que ne lui appartient ni d’Ève ni d’Adan. Parce que cette société, qui était une société d’Etat, avait reçu le mandat de construire pour les cadres maliens de l’époque des indépendances, sur la base d’une location-vente s’échelonnant sur vingt ans, au bout desquels ils devenaient propriétaires. Et ces vingt ans se sont écoulés depuis Mathusalem, tout le monde ayant acquis la propriété de sa maison.
Par voie de conséquence, les espaces publics devenaient leur propriété commune, sous réserve des prérogatives municipales.  

Nous n’avions plus qu’à effectuer un travail de vérification et d’approfondissement.


Prise dans une impasse juridique


Nous nous sommes donc livrés à un travail de vérification et d’approfondissement. Ainsi, nous sommes allés voir monsieur Moussa Balla Coulibaly qui a, évidemment, confirmé l’absence de tout droit de propriété de la SEMA sur la parcelle litigieuse. Il a par ailleurs rappelé un détail qui pourrait avoir son importance : la SEMA n’est même plus une société d’Etat, mais privée. Une société anonyme, d’où son actuelle appellation SEMA-SA. Déplorant la perte des flamboyants qui, d’après lui ont été plantés en 1962 par ses soins notamment, il a ajouté : « Si le fleuriste était venu me voir, je lui aurais conseillé de ne pas quitter les lieux. » On ne peut être plus clair.
Il fallait maintenant confronter l’employé de la SEMA-SA qui, aux dires des jeunes, aurait cédé la parcelle à  monsieur Dionké Yaranangoré alias Babou Yara. Ce fut chose faite le mardi 24 mai dernier. Vu son rôle très limité dans cette affaire, il n’est pas nécessaire de dévoiler son identité. Nous le désignerons sous le titre de « sous-chef » de la boîte. Lors de notre entretien, le « sous-chef », visiblement très mal à l’aise, sur la défensive, et très pressé d’en finir avec nous, s’est lancé dans des explications aussi sommaires que bancales. Tout en endossant la responsabilité d’avoir conclu le contrat avec Babou Yara, il refusa catégoriquement de nous montrer l’acte de la transaction, au motif que « c’est un document interne ». A quel titre s’est-il autorisé cette transaction au nom de sa boite ? Il répond : « c’est la SEMA qui est propriétaire de tous les titres fonciers de Badala-Sema »(Sic). Incroyable !
« Concrètement qu’est-ce que cela signifie ? » A cette question, le « sous-chef »  perdit totalement pied. Il perdit pied parce qu’il venait de réaliser que son affirmation est dépourvue de tout sens concret. Parce que si c’était vrai ce qu’il avançait, cela voudrait dire que la SEMA, devenue SEMA-SA, peut céder les logements dont la propriété a été acquise par les cadres au bout de vingt ans de location-vente. Ce serait une situation anarchique de tous les diables. Il aurait dû dire que la SEMA « était » propriétaire de tous les titres fonciers de Badala-Sema « avant leur acquisition par les cadres »…
Face à cette impasse juridique, le « sous-chef »  s’empressa de faire un repli stratégique en disant : « Si vous voulez discuter de ces détails juridiques, ce n’est pas avec moi. Je ne suis pas un juriste, c’est vous le juriste. Et puis attendez le retour du Directeur Général pour lui poser la question… » Le Directeur Général ! Le nom est lâché !

Des documents accablants


Le lendemain de cet entretien déterminant, nous allions comprendre pourquoi le « sous-chef »   ne voulait pas nous montrer le document de la transaction avec Babou Yara. Parce qu’il met directement en cause son supérieur hiérarchique, le Directeur Général de la SEMA-SA, monsieur Alassane Seydou Traoré. Malheureusement pour lui, ce papier est finalement tombé entre nos mains, par l’entremise des jeunes révoltés. Et voilà résumé son contenu : 
« PARDEVANT Maître Amadou TOURE, Notaire à la Résidence de BAMAKO, soussigné,
ONT COMPARU

1ent-/ La Société d’Equipement du Mali (SEMA), Société Anonyme au capital actuel de UN MILLIARD VINGT MILLE (1000 000 020 000) FRANCS CFA… représentée par Monsieur Alassane Seydou Traoré, Directeur Général de la SEMA … En vertu des pouvoirs qui résultent de ses fonctions de Directeur Général de ladite société ; Ci-après dénommée dans le corps de l’acte « Le cédant »
2ent-/ MONSIEUR DIONKE YARANANGORE, Commerçant de nationalité malienne… Ci-après dénommé dans le corps de l’acte « LE BENEFICIAIRE »
Lesquels, préalablement à l’acte de concession, objet des présentes, ont exposé ce qui suit :

La SEMA-SA est propriétaire d’une parcelle de terrain sise à Bamako, quartier BADALA SEMA I. Etant vierge de toute construction, Monsieur Dionké YARANANGORE a sollicité et obtenu de la SEMA-SA la mise à sa disposition de ladite parcelle en vue de son aménagement en espace vert. Cet accord intervenu entre eux a fait l’objet de la présente convention d’usufruit dont les termes suivent : ... » (voir fac similé)

                Cet acte notarié, daté du 03 décembre 2008, est accompagné d’autres documents, à savoir une assignation en référé d’heure en heure aux fins d’expulsion du 17 janvier 2011 et le procès-verbal d’expulsion, daté du 18 avril 2011, émanant du cabinet de l’huissier de Justice maître Chiaka Boiré, invoquant une grosse en forme exécutoire de l’Ordonnance de référé no 118 en date du 21 février 2011 de Monsieur le Président du Tribunal de Première Instance de la Commune V de Bamako, le tout adressé au fleuriste Oumar N’Diaye pour le faire déguerpir.
Que faut-il retenir de toutes ces démarches légales?

Une escroquerie juridico-judiciaire


C’est certain, c’est un VRAI scandale juridico-judiciaire! Une gigantesque escroquerie, masquée par la couverture de la légalité ! Du début à la fin, les dés sont pipés. On a mobilisé la force publique et les moyens de l’État pour servir les intérêts d’un particulier aux dépens d’une communauté, sur la base d’un acte illégal. C’est d’une tristesse à vous fendre le cœur. Et, à l’occasion, la police, fidèle à sa triste réputation, s’est encore adonnée à des exactions, notamment en confisquant la caméra d’un jeune qui filmait la scène et en lui disant : «  Tu vas récupérer ta caméra chez Babou Yara ! » Incroyable, mais vrai !
Tous les officiers ou auxiliaires de justice impliqués dans cette affaire n’avaient-ils pas l’OBLIGATION DE VÉRIFIER la réalité du titre de propriété de la SEMA-SA ? À commencer par le notaire, Maître Amadou TOURE, qui devait s’assurer de la légitimité du titre de propriété exhibée par la SEMA-SA. Et aussi le juge des référés, le Président du Tribunal de Première Instance de la Commune V, qui ne peut en aucun cas ignorer l’adage juridique selon lequel « Nul ne donne ce qu’il n’a pas » ou cet autre adage : « Nul ne peut transférer plus de droits qu’il n’en a lui-même ».
C’est une FAUTE PROFESSIONNELLE d’une exceptionnelle gravité qu’ils ont commise et dont ils devraient répondre. Dans le jargon technique, c’est une FAUTE LOURDE assimilable au DOL (manœuvres frauduleuses destinées à tromper l’autre partie).  Même pour quelqu’un qui n’est ni juriste de formation ni de métier, n’est-il pas flagrant qu’en aucun cas la SEMA-SA (une entreprise privée de surcroit) ne saurait être propriétaire d’un espace public relevant du ressort de la collectivité, voire de la municipalité ?
« FAUX ET USAGE DE FAUX », invoquent les jeunes de Badala Sema qui, à l’occasion se sont entourés des conseils d’un avocat issu du quartier pour défendre leurs intérêts. « FAUSSE REPRÉSENTATION », « CONCERT FRAUDULEUX », « DÉTOURNEMENT DE POUVOIR », « ABUS DE POUVOIR », etc., sont aussi d’autres qualifications juridiques appropriées en l’espèce.
Le tout est de savoir si le Mali a une vocation d’État de droit.

Tentative de rachat et de réparation

               
Devant la gravité de la situation, la SEMA-SA, consciente de sa lourde responsabilité,  pour se racheter, s’est empressée de résilier le contrat qui la liait au problématique Babou Yara. L’information nous a été d’abord fournie par les jeunes de Badala, puis confirmée par le « sous-chef » de la SEMA-SA qui affirme avoir notifié par exploit d’huissier à monsieur Babou Yara la résiliation de la transaction qui les liait. Il a encore refusé de nous montrer ce document, au même motif que « c’est un document interne ».
Résiliation pour quel motif ? C’est ici que les réponses du « sous-chef » commencent à être sensées. Écoutons-le donc : «Babou Yara nous avait dit qu’il voulait en faire un espace vert, comme il en existe dans le quartier ACI 2000. À notre grand étonnement, il s’est mis à couper les arbres. Il a détruit un espace qui était déjà à moitié vert. Il aurait pu se contenter d’aménager sous les arbres. »  C’est effectivement paradoxal de prétendre faire un espace vert en détruisant ce qui fait justement la verdeur : les arbres. D’où l’incontournable question de savoir si l’intention réelle de monsieur Yaranangoré alias Babou Yara est de faire un espace vert. Quoi qu’il en soit, le mal est déjà fait. Les arbres ont été coupés. Que faire pour réparer ces dégâts ? Le « sous-chef » assure : « On va gérer ça. »
Trois jours après cet entretien, il y eut un meeting sur le lieu du désastre, à l’initiative des jeunes de Badala qui se sont organisés en association. C’était le  vendredi 27 mai (le jour même de la parution du 1er volet de cette enquête) et ce fut l’occasion de réunir des notables du quartier et aussi d’en savoir un peu plus. Un autre « sous chef » de la SEMA-SA, tremblant de tous ses membres, est venu lire en public les « documents internes » que son alter ego avait refusé de nous montrer. Ainsi, nous apprenions avec lui que le 18 mai dernier, la SEMA-SA a envoyé l’huissier maitre Amidou Coulibaly, domicilié à Kati, pour constater les dégâts, photos à l’appui. À la suite de quoi, une lettre de résiliation fut adressée à monsieur Yaranangoré. On y parle de violation des termes du contrat, de mépris des engagements, d’abus de jouissance, de détérioration d’immeuble, etc., et de procédure en réparation.
En clair, la SEMA-SA, acculée, cherche à se décharger sur Babou Yara pour une faute dont elle est à l’origine. Comment va-t-on d’ailleurs réparer les dommages ? En replantant les arbres ? Faut-il alors combien d’années pour que ces nouvelles pousses atteignent la taille et la grosseur des flamboyants abattus? Cette exigence de réparation, à bien y regarder, n’est-elle pas une mascarade favorisant encore Babou Yara ? Parce que, au cas où son intention véritable était de faire un espace vert pour mettre en valeur sa luxueuse demeure, il aura gagné son pari…
C’est pourtant cette issue qui se dessine à l’horizon, puisque, prenant le train en marche, la municipalité de la Commune V a organisé une rencontre entre les différentes parties, le lundi 30 mai. Ils sont arrivés à une entente voulant que toutes les parties (y compris la Mairie) s’accordent pour fournir un plan d’aménagement. Qui sera exécuté aux frais de qui ? Incertitude totale! Babou Yara aura donc doublement gagné son pari, puisqu’il ne sera peut-être pas tenu de réparer son gâchis… Ah ! Quel curieux tour de passe-passe !

Questions à un million de dollars


Lors du meeting du vendredi 27 mai devant le Palais de la Culture, des élus municipaux ainsi que des politiciens en précampagnes électorales sont venus s’illustrer, qui par sa présence remarquée, qui par ses discours aussi éloquents que démagogiques, avec un indécent étalage de leurs titres ou privilèges. Où se trouvaient donc ces élus municipaux et ces politicards verbeux et mégalos quand on massacrait les arbres? Pour quel mandat sont-ils élus ou compte-t-ils se faire élire ? Si la jeunesse de Badala n’avait pas vigoureusement réagi, où en serions-nous ?
Et maintenant, la question-qui-tue : qui se cache derrière Babou Yara ? Pour formuler la question autrement : qui est le véritable propriétaire de la luxueuse et imposante maison blanche – un vrai Palais – au nom de laquelle ce scandale à rebondissements a été commis ?
C’est l’objet d’une autre enquête qui sera peut-être divulguée un jour ! Cette affaire est loin d’’être finie. Comme le dit si bien un jeune de Badala : « Ça n’a même pas commencé encore ! »

NB: Deux ans après, la question est plus que d'actualité quant à l'identité du véritable propriétaire de la luxueuse demeure blanche et les motifs du scandale écologique. Surtout quand on sait que cette demeure fait face au Palais de Koulouba dont elle est la réplique...

Mountaga Fané Kantéka