mardi 11 décembre 2007

LA VÉRITÉ SUR L'HISTOIRE MANDINGUE: LES AVEUX DES GRIOTS ET DE LEURS COMPLICES HISTORIENS OU ETHNOLOGUES

© Copyright 2007, Mountaga Fané Kantéka

Toute représentation ou reproduction intégrale ou partielle faite par quelque procédé que ce soit, sans le consentement de l’auteur et de ses ayants cause, est illicite et constitue une contrefaçon sanctionnée par les articles L 335-2 et suivants du Code de la propriété intellectuelle.

UN PROVERBE MANDINGUE DIT : « SI TU VEUX TERRASSER UN NÉGATEUR, IL FAUT LE TERRASSER DANS LA CENDRE ». Ceci pour dire que pour confondre publiquement un homme de mauvaise foi, il faut s’arranger à ce qu’il y ait des traces bien visibles dont personne ne pourra nier l’évidence. Il n’est pas facile d’ouvrir les yeux du monde sur un mensonge millénaire érigé en vérité. Le Sénégalais CHEIKH ANTA DIOP l’avait appris à ses dépens en publiant pour la première fois NATIONS NÈGRES ET CULTURE qui révélait l’origine nègre de la civilisation égyptienne. À l’époque, seul le Martiniquais AIMÉ CÉSAIRE avait cherché à lui trouver (en vain) des soutiens dans la France progressiste.
Quand je me trouvai — malgré moi — engagé dans cette enquête sur l’histoire mandingue, il y a une question qui revenait invariablement : « C’EST QUI TES SOURCES? » J’ai dû répondre au moins une centaine de fois à cette question, en disant que MES SOURCES SONT AFRICAINES ET MALIENNES, que c’est dans LA BOUCHE MÊME DES GRIOTS MANDINGS que je prenais mes informations. Malgré cette précision, il a fallu attendre la publication de mon livre pour mettre fin à ce sournois harcèlement. Tous ceux qui me demandaient avec malice « c’est qui tes sources? » ont disparu subitement de ma route, après avoir pris connaissance de mes révélations. Les plus grands contestataires qui me promettaient de grands débats se sont miraculeusement évanouis dans la nature. Certains ont même dû quitter Montréal précipitamment. Les plus honnêtes m’avouèrent qu’ils n’ont pas d’argumentaire contre ma démarche. Un chercheur africain (qui croyait maîtriser cette histoire) est allé jusqu’à me suggérer d’attendre 5 ans pour publier mon 2e tome afin de LAISSER LE TEMPS AUX LECTEURS DE DIGÉRER TOUTES LES INFORMATIONS contenues dans le 1er tome. Et aujourd’hui encore j’attends ce débat de fond (et non de personnes) qui ne vient pas.

VIENDRA-T-IL SEULEMENT UN JOUR CE DÉBAT DE FOND? COMMENT PEUT-ON DÉBATTRE DE QUELQUE CHOSE QU’ON NE MAÎTRISE PAS ET QU’ON NE CHERCHE PAS À CONNAÎTRE? COMMENT PEUT-ON CONTESTER UN OUVRAGE DOCUMENTÉ, S’APPUYANT SUR UNE INVESTIGATION RIGOUREUSE ET MULTIDISCIPLINAIRE, ALORS QUE L’ON NE SAIT MÊME PAS PÉNÉTRER LE SENS D’UN TEXTE ÉCRIT NOIR SUR BLANC, À FORTIORI EN FAIRE UNE ANALYSE CRITIQUE? COMMENT PEUT-ON PARLER DE SA PROPRE HISTOIRE ALORS QU’ON NE MAÎTRISE PAS SA PROPRE LANGUE? COMMENT PEUT-ON S’ABRITER DERRIÈRE LA TRADITION ORALE SANS COMPRENDRE NI LES CHANSONS DE GRIOTS NI LES CODES UTILISÉS PAR EUX?

J’abrège ces interrogations et en vient directement aux faits. Aussi bien au niveau des griots traditionalistes (qui n’ont jamais été à l’école du Blanc) qu’au niveau des historiens ou ethnologues africains qui se sont servis de ces griots pour écrire leurs versions de l’épopée mandingue, LES AVEUX SELON LESQUELS CETTE ÉPOPÉE N’EST PAS L’HISTOIRE VÉRITABLE DE L’EMPIRE DU MALI SONT LÉGION. EN DOUTEZ-VOUS? SUIVEZ-DONC CES DÉMONSTRATIONS

DJIBRIL TAMSIR ET SON « OBSCUR » GRIOT DE VILLAGE

Dès l’introduction de ’’SOUNDJATA OU L’ÉPOPÉE MANDINGUE’’ (Présence Africaine, 1960), DJIBRIL TAMSIR NIANE donne le ton et avertit d’emblée son lectorat : « il (le griot) est assermenté et n’enseigne que ce que sa ’’ corporation ’’ exige car, disent les griots : ’’ Toute science véritable doit être un secret ’’ Aussi le traditionaliste est-il maître dans l’art des périphrases, il parle avec des formules archaïques ou bien TRANSPOSE LES FAITS EN LÉGENDES AMUSANTES POUR LE PUBLIC, mais qui ont UN SENS DONT LE VULGAIRE NE SE DOUTE GUÈRE. »

Outre la mise en garde, claire et sans ambages, Djibril Tamsir Niane s’accorde même le luxe de mépriser son public qu’il qualifie de « vulgaire » et incapable de pénétrer les codes narratifs des griots. Qu’est-ce qui justifierait donc une telle arrogance chez cet historien de formation qui avoue pourtant que son récit « est plutôt l’œuvre d’un OBSCUR GRIOT du village de Djeliba Koro dans la circonscription de Siguiri en Guinée »? Monsieur Niane va jusqu’à faire tenir à cet « obscur griot » ces discours comminatoires : «... MAIS MALHEUREUX, N'ESSAIE POINT DE PERCER LE MYSTÈRE QUE LE MANDING TE CACHE; NE VA POINT DÉRANGER LES ESPRITS DANS LEUR REPOS ÉTERNEL; NE VA POINT DANS LES VILLES MORTES INTERROGER LE PASSÉ, CAR LES ESPRITS NE PARDONNENT JAMAIS: NE CHERCHE POINT À CONNAÎTRE CE QUI N'EST POINT À CONNAÎTRE. »

ON NE PEUT ALLER PLUS LOIN DANS L’AVEU. Djibril Tamsir Niane et son « obscur griot » ne se contentent pas seulement d’avertir le public que le repas qu’on va lui servir est avarié, ils le défient aussi de pouvoir y déceler les vermines qui s’y cachent, et par finir, on le menace de le châtier s’il tentait quoi que ce soit pour extirper ces vers. QUEL CULOT? PENSEZ-VOUS QU’IL Y A EU DES RÉACTIONS DE PROTESTATIONS CONTRE CET HISTORIEN?

Bien au contraire, on se prosterna devant lui en Afrique et cet ouvrage qui jure avec le bon sens fut cité comme une référence historique dans le vieux continent et enseigné dans les écoles. Mieux que cela, près d’un demi-siècle après, la plupart des textes qui apparaissent sur l’Histoire du Mali ne sont que des pâles copies de ce conte. Et c’est cela que bien de nos congénères appellent encore « notre histoire » et veulent tuer le premier « imprudent » qui se hasarderait à élever la voix contre. Sans même se douter que cette légende dorée, à laquelle ils s’accrochent avec tant d’ardeur, ne fait qu’appauvrir une histoire très riche qu’elle ampute de son étendue et de ses acteurs. Et c’est avec ce même conte consensuel qu’on a échafaudé toute ce brouhaha autour de cette mythique CONSTITUTION DE KOUROUKAN FOUGAN qui serait intervenue à la suite de la mythique « BATAILLE DE KRINA » et serait l’œuvre de « Soundjata Kéita » et de ses supposés alliés, tous des personnages de conte…

YOUSSOUF TATA CISSÉ ET LE GRAND GRIOT WÂ KAMISSOKO DE KRINA

Après le bon coup réussi haut les mains par Djibril Tamsir Niane, dans l’impunité la plus totale, ce fut le tour de l’ethnologue malien YOUSSOUF TATA CISSÉ de tenter sa chance au JACKPOT, en allant dénicher au fin fond de Krina (un lieu tout aussi historique que Djeliba Koro), un griot de grande envergure en la personne du GRAND WÂ KAMISSOKO (Wâ-Djan), paix à son âme, griot assermenté et très imbu de la culture et de l’Histoire mandingues. Ayant en prime une franchise à vous couper la gorge.
D’emblée, ce griot aussi avertit l’ethnologue : « CE QUE JE VIENS DE FAIRE ENREGISTRER LÀ EST UNE MANIÈRE DE DIRE LES CHOSES: SACHE PAR CONSÉQUENT QUE CHAQUE « MORCEAU DE LA PAROLE » A UN AUTRE SENS, UNE AUTRE SIGNIFICATION.»

Ne s’arrêtant pas à cette mise en garde, il lui expliqua les motifs de sa démarche, en y allant de sa critique virulente contre l’ignorance crasse qui s’est emparée de la mémoire mandingue : « LES VRAIS DÉPRÉDATEURS, LES PIRES FOSSOYEURS DES VALEURS DU MANDEN NE SONT PAS CEUX QUE L'ON PENSE, MAIS LES MALINKÉS EUX-MÊMES, CAR L'OUBLI DE SOI, DE SES ORIGINES, DE SES QUALITÉS ET DE SA DIGNITÉ CONDUIT AUX PIRES RENIEMENTS. C'EST CELA QUI EST MORTEL POUR UN PEUPLE, ET C'EST CELA QUE JE CRAINS LE PLUS POUR MON PEUPLE. »
Après ce rude éclaircissement, le Grand Griot de Krina y alla encore avec la savate, assénant cette vérité crue à ceux qui se prétendent « nobles » ou se revendiquent d’une ascendance aristocratique : « SI L'ON DEVAIT RÉVÉLER L'ORIGINE SECRÈTE ET LA NATURE INTIME DE CHAQUE POUVOIR, BEAUCOUP DE PERSONNES QUI SE PRENNENT POUR CE QU'ELLES SONT, VERRAIENT ALORS LA DISTANCE QUI SÉPARENT LEUR ORIGINE DES HAUTEURS OÙ ELLES SE TROUVENT PRÉSENTEMENT PLACÉES.»

Malgré ces signes avant-coureurs, l’ethnologue Cissé insista tant et si bien qu’il réussit à réunir en 1975, À BAMAKO, UN COLLOQUE autour de ce griot volubile d’une franchise désarçonnante. Et pour aggraver la situation, il y invita des sommités tel que AMADOU HAMPÂTÉ BA qui ne recule devant aucune astuce pour tirer les vers du nez de son interlocuteur. ARRIVA CE QUI DEVAIT ARRIVER EN PAREILLE CIRCONSTANCE. Non seulement ce fier griot ne se hasarda pas à dresser un portrait idyllique du passé manding, il y alla de ses critiques acerbes contre LES AUTRES GRIOTS QUI N’ARRÊTAIENT PAS DE LE HARCELER POUR QU’IL TAISE OU FALSIFIE LA PAROLE DU MANDEN. Tout en avouant qu’il ne déchirera pas le voile qui couvre le domaine du sacré, il y alla de ses déclarations sur L’ESCLAVAGE sauvage qu’on pratiquait alors au Manden et qui justifia les expéditions punitives de « Soumahoro » contre cette farouche contrée.

Sans ménagement, il indexa « Fakoli » et « Tiramakan » pour leurs pratiques esclavagistes et leurs contributions dans les ASSASSINATS POLITIQUES perpétrés par « Sonjata ». Mais la plus grande révélation, et aussi la plus subtile, c’est quand il laissa entendre aux oreilles bien aiguisées que « SONJATA » ET « FAKOLI », C’EST UNE ET MÊME PERSONNE. Se servant de son art de MAÎTRE DE LA PAROLE, il y alla d’une tournure magistrale : « Si Niani Massa Kara Kamara périt assassiné par FAKOLI qui avait poussé son épouse à le trahir, c'est parce qu'il avait refusé de suivre le chemin que lui imposait le serment prêté, et respecté les clauses de l'entente à laquelle tout le Manden avait souscrit. C'est pourquoi il est dit que MAKAN SONDYATA n'a cassé la tête de qui que ce soit, ou enchaîné quelqu'un sans raison...»
VOILÀ LE SECRET ÉVENTÉ EN DEUX PHRASES où le même personnage est désigné d’abord sous son titre de parricide (Fakoli), puis sous son titre d’usurpateur (Sondyata transformé par l’ethnologue Cissé en Soundjata dans la transcription française). Si cette astuce a échappé à ceux qui écoutent sans entendre, elle n’a pas échappé à ceux qui sont rompus dans l’investigation ou ceux qui avaient déjà une base dans la connaissance du passé manding.

Dire que « Fakoli »et « Sonjata » sont une et même personne, c’est dire avec ruse que c’est « Sonjata » ce farouche esclavagiste que lui-même a dépeint sans complaisance. Mieux que cela, c’est dire que « Sonjata » est en fait le fils de Kankouba Kantè, la sœur de « Soumahoro », que la légende présente comme la mère de « Fakoli » (qui n’est autre que « Sonjata »). Par voie de conséquence, la mythique « Sogolon Kondé » (soi-disant mère de Sonjata) se trouve automatiquement reléguée dans l’univers des personnages fictifs.

Et de fil en aiguille, en tirant toutes les conséquences, on en arrive à d’autres révélations propres à se foutre une balle dans la tête… Un véritable séisme propre à entraîner un univers mental dans le gouffre de la vérité historique. Le résultat de tout cela est que Wâ Kamissoko, ce griot d’une connaissance encyclopédique, fut sacrifié par les conservateurs des bois sacrés. On lui décocha un INFLUX MAGIQUE qui lui occasionna un CANCER DE L’OS D’ORIGINE INCONNUE. Il mourut dans la verdeur de l’âge, emportant avec lui ses autres secrets. C’est cela le Manden : le TERRORISME MYSTIQUE. La vanité de l’ethnologue Youssouf Tata Cissé en prit un rude coup qui le tracassera le reste de ses jours. Le moins que l’on puisse dire, il ne s’en est pas aussi bien tiré que Djibril Tamsir qui s’en est sorti sans mort sur la conscience.

La mort, ou plus précisément l’ASSASSINAT de Wâ Kamissoko — honneur à sa mémoire — nous a laissé en contrepartie un ouvrage, LA GRANDE GESTE DU MALI, d’une richesse inestimable en informations qui, triées et racolées une à une dans le bon sens et recoupées avec d’autres informations, aide à reconstituer totalement la mémoire occultée du Manden et sa GÉNÉALOGIE ESCAMOTÉE par les RÉVISIONNISTES et les fils renégats, et parricides, rebaptisés pour ÉCHAPPER AU JUGEMENT DE L’HISTOIRE.
Outre ces grandes révélations du Grand griot de Krina, l’ethnologue Youssouf Tata Cissé, malgré ses manipulations et ses distorsions pour des raisons familiales (sa mère est une Kèta), y est allé aussi de sa contribution. En rappelant notamment que « Tiramakan » n’est qu’une déformation de « tara Makan » (parti à la Mecque), qu’il est le même personnage que « Dan Massa Woulani » et que « Fakoli » est un titre collectif. Et aussi en avouant dans son avant-propos que : « IL FAUT NOTER DÈS MAINTENANT QUE LES LEÇONS REÇUES DE LA SORTE COMPORTENT MILLE ET UN DÉTAILS QUI NE FIGURENT PAS DANS LES RÉCITS QU'ON VA LIRE: C'EST DIRE QU'IL EXISTE UNE HISTOIRE « SECRÈTE » ET UNE HISTOIRE « SACRÉE » DU MALI QU'IL FAUDRAIT UN JOUR POUVOIR ÉCRIRE. »

C’EST DIFFICILE DE FAIRE UN AVEU PLUS GRAND QUE CELA. Quand de pareils propos tombent dans l’oreille d’un investigateur acharné, c’est comme lui dire avec un sourire en coin : « LE MEURTRIER QUE TU TRAQUES DEPUIS DES LUSTRES N’EST PAS LOIN, IL RÔDE DANS LES PARAGES. »
L’ethnologue Youssouf Tata Cissé eut cet autre mérite de mettre le doigt sur L’IMPOSTURE DE DJIBRIL TAMSIR NIANE qui s’est abrité derrière un prétendu « obscur griot » pour donner la version qui l’arrangeait, puisque DJIBRIL TAMSIR NIANE N’A JAMAIS REMIS LA RETRANSCRIPTION MALINKÉ de ce récit qu’il aurait reçu du griot, comme ce fut le cas avec Wâ Kamissoko. Quand un historien, un ethnologue ou un journaliste va recueillir un témoignage d’une telle ampleur, la moindre des choses c’est de l’enregistrer au cas où il aurait des contestations. Rien qu’à voir la structure très romancée du récit de Djibril Tamsir Niane, on se doute qu’il ne vient pas d’un griot, mais d’un homme instruit à l’école du colon.
L’ethnologue malien a eu d’autres mérites que je mentionnerai à la fin de cet article. Auparavant, je vais citer un autre griot dont la contribution est aussi capitale.

LE MILLIARDAIRE MALIEN ET LE GRIOT BINTA GAWLO MADANI

Une fois n’est pas coutume. Cette fois-ci, ce n’est ni un historien ni un ethnologue qui est allé dénicher la perle rare pour qu’il renseigne le peuple manding sur son passé occulté. Ce n’est ni plus ni moins que le milliardaire malien de l’époque (Babani Sissoko) qui est allé chercher un griot de renom, BINTA GAWLO MADANI (reconnu comme une autorité en la matière). Avec sa voix puissante qui fait regretter de ne pas être griot traditionaliste, Gawlo Madani, lui aussi fait montre d’une franchise qui confine à la brutalité. À maintes reprises, il interrompt son récit pour dire : « CE DÉTAIL AUSSI EST FAUX! IL A ÉTÉ INVENTÉ PAR LES JEUNES GRIOTS! ÇA NE S’EST PAS PASSÉ AINSI! »

Mieux que cela, Gawlo Madani est à ma connaissance le seul griot à aborder le personnage de « Sonjata », sans détours et sans complaisance, en insistant sur sa fourberie et sur le meurtre sordide perpétré sur son « camarade » (en réalité son frère) Kamandjan Kamara pour lui dérober son « Allah delhi garan », un fétiche aux vertus miraculeuses. Après que ce dernier l’ait aidé à regagner le Manden, après son exil. Il insiste aussi sur le fait que c’est « Soumahoro » qui a sanctifié Sonjata et l’a imposé aux Mandenka comme chef. Entre mille et un petit détails, Gawlo Madani, aussi Maître de la Parole que Wâ Kamissoko, profite d’un passage pour glisser discrètement que « Sonjata » est un HOMONYME de « Tiramakan ». Mieux que cela encore, il profite d’un autre passage pour nommer ainsi Sonjata : « Ah KOROMANKA BOULA FAKOLI, fils de Hadja (femme ayant fait le pèlerinage à la Mecque) ».

Et ce troublant détail est totalement passé inaperçu aux oreilles de son hôte Babani Sissoko qui, à la fin du récit, se plaignit ainsi : « POURQUOI N’AS-TU PAS MENTIONNÉ FAKOLI DANS TON RÉCIT ? » Voyez-donc un peu comment les esprits sont si conditionnés par la légende qu’ils ne pigent plus rien dès que l’on raconte le même récit d’une autre façon. Non seulement Gawlo Madani a mentionné Fakoli, il a aussi mentionné Tiramakan comme étant d’autres titres de Sonjata. Cependant, ce rusé griot se contenta de répondre à son hôte : « Tu as raison! ». Et récidivant dans sa technique de nwâra (griot traditionaliste), il répéta : « DJATA! » Puis, il marqua un court temps d’arrêt avant d’enchaîner : « FAKOLI ÉTAIT DANS L’ARMÉE DE SOUMAHORO QUI A VOULU LUI PRENDRE SON UNIQUE FEMME… C’EST AINSI QUE FAKOLI A QUITTÉ L’ARMÉE DE SOUMAHORO POUR ENTRER DANS L’ARMÉE DE DJATA » (une formule consacrée par le milieu des traditionalistes pour masquer un des plus grands secrets de cette histoire qui, s’il est révélé, ruinera à jamais le mythe de Sonjata alias Fakoli, simplement parce que les réalités du Manden ancien ne correspondent plus avec cette islamisation à outrance qui a modifié beaucoup de nos mœurs et les a diabolisées).

Malgré cet appel du pied, Babani Sissoko n’y pigea rien et insista encore sur cette question de « Fakoli ». C’est alors que Gawlo Madani s’écria : « BABA, LAISSE LA PAROLE ICI. LA PAROLE N’EST PAS BONNE. LA PAROLE MANGE. SI CELA SORT, TOUT LE MANDEN VA ÊTRE AU COURANT. LAISSE TON PETIT GAWLO VIVRE UN PEU… » Après quoi il se mit à énumérer certaines appellations de Fakoli (alias Sonjata) : HOUPI, YAYIRI, GAMAYIRI, MAKAN DJIKI, FAKOLI… Il s’étendit ensuite sur ses qualités de BOULA et ses immenses pouvoirs de SORCIER-MAGICIEN.

LES AVEUX CONTENUS DANS LA MUSIQUE MANDINGUE

« LA MÉMOIRE COLLECTIVE ÉPARPILLÉE DANS LA MUSIQUE » est le titre d’un de mes chapitres dans lequel je démontre que la mémoire mandingue est gravée dans ses chansons folkloriques et qu’AU DELÀ DE LA PAROLE DÉCLAMÉE par les griots traditionalistes, les sources les plus prolifiques se trouvent dans la PAROLE CHANTÉE par les multiples griots qui, n’étant pas nécessairement des griots assermentés, reprennent des refrains ou éloges qui viennent directement des sources originelles, sans aucune falsification, si ce n’est la maladresse de l’interprète qui chante souvent des paroles sans avoir conscience de leur portée historique ou prononce souvent mal des mots dont il ne connaît pas toujours le sens véritable.

Ce détail a d’ailleurs été soulevé par l’érudit Wâ Kamissoko qui s’attristait fort de cette perte de mémoire chez des griots eux-mêmes. Ces formules chantées, banales pour le profane, contiennent des informations d’une importance insoupçonnée. L’intérêt de la PAROLE CHANTÉE, c’est qu’elle n’est PAS SANCTIONNÉE PAR LA LOI DU SILENCE qui pèse sur les traditionalistes. Non seulement, c’est un moyen de conserver l’histoire du pays, mais c’est un moyen sûr parce qu’il n’est pas donné à n’importe qui de décoder une chanson de griot. Et les griots qui en sont informés prennent des précautions pour cela, en avalant le mot en la chantant, ou en le couvrant avec les bruits des instruments de musique. C’est une PRATIQUE CONNUE DANS LE MILIEU INITIATIQUE DU KOMO, la religion ancestrale. ON PROTÈGE L’INFORMATION PAR MILLE ASTUCES.

Pour vous en donner un exemple, je vous cite l’épopée mandingue chantée par L’ENSEMBLE INSTRUMENTAL DU MALI. Dès le tout début, le griot chef de file, élève la voix en chantant : « NIN FÖRA DJATA MIN YÉ… LE DJATA À QUI CELA FUT DÉDIÉ…», et il baisse la voix en bredouillant : « O Djata weléla Djiki Köröni… Ce Djata se faisait appeler Djiki le petit vieux ». Et pendant qu’il bredouille cette deuxième proposition, en glissant très rapidement sur les mots comme sur une peau de banane, les bruits de balafon et de tam-tam montent de volume. Si bien que j’ai écouté des dizaines de fois cette chanson sans découvrir le pot aux roses. Ce n’est qu’à un stade très avancé de mon enquête, quand j’ai découvert ce secret par d’autres voies, que je me suis rabattu derechef sur cette chanson pour en avoir la confirmation. Je pourrais multiplier les exemples à ce sujet.

Les seules chansons de l’Albinos SALIF KÈTA suffisent à faire toute la lumière sur son Ancêtre Sonjata qu’il n’a jamais arrêté de chanter. Dans sa version du DJANDJO, il le désigne sous presque tous ces noms et titres : MOULAYE TARAWÉLÉ, MAKANTAGA DJIKI, DAN MASSA WOULANI, FAKOLI, KOLI BANAMA (Fakoli-le-handicapé) etc… Salif Kèta chante aussi d ‘autres Sonjata comme Nankoman alias Nankomandjan, Kong Koman ou Waraban Koman. Il chante aussi Kaman Mori ou Kaniba Mori, le Sonjata qui a vengé son père Kamandjan Kamara, assassiné par son frère Djiki Kamara, le premier Sonjata. L’Albinos fait aussi implicitement mention des Sonjata-femmes dans la version rythmée de sa chanson MANDJOU dans laquelle il s’écrie : « MANDEN DJATA KÈMA LOU! MANDEN DJATA KÈMA LOU! LES DJATA-HOMMES DU MANDEN! LES DJATA-HOMMES DU MANDEN! »
Pour qu’il précise qu’il y a des Djata-hommes, il faut bien qu’il ait eu des Djata-femmes! Et il y a eu effectivement des Djata-Femmes... Cela fait partie des « mille et un détails » qu’évoque l’ethnologue Cissé, comme étant du domaine de cette « l’histoire secrète et sacrée du Manden qu’il va falloir pouvoir écrire un jour ».

Cette « histoire secrète et sacrée » qui figure brièvement dans le dernier chapitre de mon ouvrage et que je développe dans le 2e tome que je suis en train d’achever… J’ai d’ailleurs eu un accrochage avec Salif Kéita, en juillet 2006, lors de son passage à Montréal. Je lui avais donné un exemplaire de mon ouvrage en précisant qu’il s’agit d’une réhabilitation de Soumahoro et de l’histoire mandingue. Il jeta mon livre sur moi et essaya de me prendre de vitesse, en y allant de propos insultants sur Soumahoro. Je lui ai dit : « Sonjata, Djiki Kamara, Makantaga Djiki, c’est le fils de Soumahoro… » Il fut saisi d’une brusque immobilité. Et je me mis à lui énumérer tous les noms cachés de Sonjata et à lui dire d’autres rudes vérités que je ne citerai pas ici. Il s’est retiré dans un coin avec ses fans, puis, profitant d’un moment d’inattention, il passa à côté de moi et arracha mon livre de ma main, en me disant : « Je vais le démolir ». C’était une façon à lui de sauver la face, parce qu’il savait maintenant que je connais les dessous de leur intrigue. Et quand il est monté dans la voiture avec un Blanc, je lui ai encore jeté à la figure : « MAKANTAGA DJIKI! » Et, piqué dans son orgueil, il me répondit en criant: « OUI, MAKANTAGA DJIKI! »

Bien des mois plus tard, j’appris par une Malienne de Montréal qu’il a remis le livre à sa fille pour qu’elle le lise et le lui traduise. Et cette Malienne qui a lu et relu l’ouvrage me dit : « Il y a la vérité dans ton livre! » C’est assez encourageant car chaque Malien qui prend connaissance de cette histoire occultée est une victoire sur l’imposture. Ce n’est qu’à ce prix qu’on en viendra à bout de cette sordide légende qui divise inutilement les enfants d’un pays pour satisfaire l’égo hypertrophié de ceux qui ont usurpé l’héritage commun.

Juste après la publication de mon livre, l’un des tout premiers Maliens à venir récupérer son exemplaire chez moi est un professeur d’université et de collège (en philosophie et en histoire). J’ai fait exprès, en l’accueillant chez moi avec l’épopée de MAH KOUYATÈ dans laquelle cette griotte chante clairement que « Soundjata n’est ni le nom du père de quelqu’un, ni le nom de la mère de quelqu’un », voulant dire que ce n’est pas un nom de personne. Mah Kouyatè s’adresse aussi à lui avec ce refrain qui revient dans toutes les épopées :

Sogolonba, i bara kala ta / Connaisseur de gibier, tu as pris l’arc
Sogolonba, i bara kala ta / Connaisseur de gibier, tu as pris l’arc
Ki yara (ou yala) / Pour te promener

C’était une manière de démontrer à ce monsieur que contrairement à ce qu’affirme la légende, « Sogolon » ou « Sogolonba », loin d’être une quelconque mère de Sonjata, était au contraire un autre titre de Sonjata, un titre synonyme de « Simbo » (maître chasseur). « Sogo » signifie en malinké viande ou gibier, « lon » signifie connaissance ou savoir, « lonba » ou « lonbaka » signifie connaisseur. D’ailleurs dans une autre chanson de l’Albinos sur Sonjata (WARA), ce titre de « Sogolon » s’accompagne de deux autres titres du même ordre : Kèlèlon (connaisseur de la guerre) et Kodioukoulon (connaisseur des mauvais coups).

Après le coup avec Mah Kouyatè, je lui fis écouter la version de BAZOUMANA SISSOKO qui commence avec des formules musulmanes : « Lahi lahi lalla, seydina Mahamadara souroulaï yooo » et enchaîne avec cette formule: « Bè bi iba bolo. Mögö mana nya, bè bi iba bolo. Mögö mana tinya, bè bi iba bolo, Mousso nyalen o den tè tyen » qui signifie que le bon sort ou le mauvais sort d’un enfant dépend du comportement de sa mère qui, si elle est bonne, assure un bon avenir à son fils. Et puis multipliant paraboles sur paraboles, il finit par dire : « FAKOLI KOUMBA FAKOLI DABA… BOULA MANSA SOSSO / FAKOLI À LA GROSSE TÊTE ET FAKOLI À LA GROSSE BOUCHE, LE ROI BOULA DE SOSSO. » Puis il enchaîne avec une série de vers où il est question de MOUSSA, MOUSSA, MOUSSA, MOUSSA, LADJI KOUMBA HIDJITAKA MOUSSA.

J’interrompis la chanson et demandai à ce professeur de philosophie et d’Histoire : « Pourquoi penses-tu que dans une épopée en l’honneur de Sonjata, le griot Banzoumana parle d’abord de Fakoli et de Moussa? Il est supposé louanger Sonjata, au lieu de cela, il parle de Fakoli et de Moussa. Il faut attendre au moins 5 minutes avant qu’il ne mentionne le mot Djata. Pourquoi d’après toi? » Ce monsieur, de plus de 20 ans mon aîné, se prit la tête entre les mains et lâcha avec tristesse: « Papapapa! On écoute ces chansons tous les jours sans même faire attention. On nous a tellement conditionné avec la légende qu’on ne se pose même plus certaines questions »
Dire que ce monsieur se sentait dans ses petits souliers serait un euphémisme. Il avait la tristesse d’un homme trahi par la tradition orale. En seulement quelques minutes, sans même avoir eu le temps d’ouvrir mon livre, il était arrivé à la conclusion qu’il s’est fait berné par les griots pendant plus de 50 ans, lui qui est censé enseigner l’histoire aux autres.

J’ai eu le même échange avec le Grammy Award TOUMANI DIABATÈ (un ami personnel) en juillet dernier, un an jour pour jour après ma rencontre avec Salif Kèta, lors de son passage à Montréal pour le Festival de Jazz. Après son concert, nous sommes allés manger dans un restaurant de la place. Et pendant qu’on mangeait, je lui disais des choses en empiétant sur mon 2e tome, et à chaque information, je le renvoyai à une chanson de griot qu’il connaissait déjà. Éberlué, il me demanda : « COMMENT AS-TU FAIT POUR DÉCOUVRIR TOUT CELA EN ÉTANT ICI À MONTRÉAL? » Cela me donna l’occasion de le mettre dans certaines confidences ayant trait aux circonstances mystiques qui m’ont propulsé dans cette enquête. Il n’eût aucune peine à comprendre, étant lui-même concerné par ce genre de choses, en sa qualité de joueur de Kora, un instrument mystique. Arrivé un moment, Toumani Diabatè lui aussi se prit la tête entre les mains et me dit : « À to tan Mountaga, à to tan / Ça suffit Mountaga, ça suffit »

Il était d’autant plus ébranlé que je faisais allusion à certaines chansons reprises par lui-même et dont il ignorait le sens profond. Inutile de préciser que ce griot lui aussi avait le sentiment d’avoir été trahi par sa propre corporation… JE REMERCIE D’AILLEURS TOUMANI DIABATÉ D’AVOIR PRÉSENTÉ MON LIVRE À LA SALLE COMBLE DU SPECTRUM DE MONTRÉAL : « I ni tié, i Dièbakatè! Sira Mori Dièbakatè bonson! » Je te salue au nom de ton Ancêtre aux multiples titres : Kala Djoula Sanghoï! Dan Massa Woulanba! Dan Massa Woula Tanba! Noumoukè Dantouma! Dan Karan Toumani! Sotouma! Koli Banatan (Fakoli-le-sans-handicap)! Djamadjan Koli (Fakoli-le-Grand)! Kankè Djan! Kamandjan Kamara! », l’autre frère Fakoli, assassiné par son… FRÈRE JUMEAU… POUR LE POUVOIR!

Ah, que l’histoire du Manden est donc profonde! Dites-moi donc, qui va m’empêcher d’y aller en profondeur? Ah, qu’elle est donc saumâtre cette eau du Manden! Qui veut donc y plonger avec moi? Qui veut plonger avec moi dans cette eau saumâtre infestée de bêtes sacrées? Dites-moi donc, qui d’entre vous se rappelle être revenu de la mort? Ah, ne parle pas de l’histoire du Manden qui veut. On ne choisit pas la Parole du Manden. C’est la Parole du Manden qui choisit. Quand la Parole du Manden fait irruption dans une vie, finis la paix et le repos. Nul n’échappe à la Parole du Manden. Il y a le SOMA, il y aussi le DOMA… Écoutez-donc ce refrain du Sora BALANDOUGOU MAMOUROU du WASSOLON profond:

Dö na dö lon / Quelqu’un peut connaître une chose
Dö mo o lon / Que quelqu’un d’autre ne connaît pas
Dö na dö lon / Quelqu’un peut connaître une chose
Noumou dö na dö lon / Un Forgeron peut connaître une chose
Dö mo o lon / Qu’un autre ne connaît pas
Dö na dö lon / Quelqu’un peut connaître une chose
Soma dö na dö lon / Un soma peut connaître une chose
Dö mo o lon / Qu’un autre ne connaît pas
Dö na dö lon / Quelqu’un peut connaître une chose
Könö dö na dö lon / Un Oiseau peut connaître quelque chose
Dö mo o lon / Qu’un autre ne connaît pas

Peut-on se réclamer d’un Ancêtre qu’on ne connaît pas? Et qu’on ne reconnaît pas? Pourquoi croyez-vous qu’on continue à dire encore que « Soumahoro n’est pas mort »? Savez-vous ce que cela signifie? Savez-vous de quel Soumahoro s’agit-il? Savez-vous pourquoi?
ON PEUT DÉBATTRE SANS INSULTER. N’INSULTE PAS QUELQU’UN QUE TU NE CONNAÎS PAS. SURTOUT QUAND C’EST QUELQU’UN QUI NE PARLE NI DE TON PÈRE NI DE TA MÈRE NI DE TON ANCÊTRE . MAIS DE…
« Frère, qui m’injuries sans me connaître, frère, qui me pourfends sans avoir reçu un affront de moi, connais-toi, toi-même, avant de t’embarquer dans un marécage qui risquera de t’engloutir, parce que, frère, la vérité est parfois trop cruelle. La bouche qui s’adresse ainsi à toi, l’a appris à son grand malheur. Frère, qui te hasardes sur un document dont tu n’as pas pris connaissance, ni d’Isis ni d’Osiris ni d’Horus. Est-ce la rage ou l’arriération qui te dévore ainsi la cervelle? Le titre que tu portes sur toi, sais-tu ce qu’il signifie? Sais-tu d’où il vient? Sais-tu ce qu’il renferme? ’’ SISSÈ MAKAN KANTÈ ’’ te dit-il quelque chose? Le venin que tu as craché, du haut de ta croyance forcenée, tu sais de quoi je parle, frère, ravale-le, ton venin, ravale-le, frère, ravale-le, très vite, avant que ce cœur ne s’écoeure de ton imprudence aveugle… Frère… On ne s’attaque pas aveuglément à l’Invisible.

’’L’HOMME NE MEURT PAS, L’HOMME SE TUE ’’, a dit un jour un grand esprit. C’est son ignorance qui pousse l’Homme à l’acte suicidaire. Ne pas connaître se comprend, ne pas chercher à connaître surprend. Injurier qui a été sacrifié pour connaître et faire connaître est sacrilège de profane réprimé par la Vieille Dame Dondiankouma, cette Parole du Manden que tu prétends défendre, sans la respecter.
Et toi, l’autre frère, aussi arrogant et imprudent, sais-tu ce que signifie ’’ KONDEN ’’ ou ’’KONDEN DIARA SANKARANKA’’? Frères, connaissez-vous, vous-mêmes, avant de vous hasarder avec quelqu’un qui sait ce qu’il est et d’où il vient. »

LA RICHESSE INEXPLOITÉE DE LA TRADITION ORALE MANDINGUE

L’érudit sénégalais CHEIKH ANTA DIOP, auquel on ne peut prêter aucune mauvaise intention à l’égard de la culture ou de l’histoire africaine, a eu pourtant ces mots durs : « LA TRADITION INITIATIQUE AFRICAINE DÉGRADE LES PENSÉES QUASI SCIENTIFIQUES QU’ELLE A REÇUES À DES ÉPOQUES TRÈS ANCIENNES AU LIEU DE LES ENRICHIR AVEC LE TEMPS »
J’ai rarement rencontré une vérité aussi pure venant d’un grand défenseur de la culture africaine.

C’est une TRISTE VÉRITÉ qui explique pourquoi bien des ambassadeurs de la culture africaine sont les moins informés sur le passé africain, bien qu’ayant grandi dans un milieu très imbibé de cette culture. C’est paradoxalement cette proximité qui les éloigne de la connaissance abstraite de ces richesses qu’ils exploitent sans pouvoir les transmettre. Tout simplement parce que tout a été fait pour qu’ils ne pénètrent pas le sens profond des choses. Tout à été fait pour qu’ils ne soient que de SIMPLES CAISSES DE RÉSONANCE. Apprendre par cœur comme à l’école coranique, sans connaître forcément le sens de ce qu’on récite par cœur.

C’est une IMMENSE FRUSTRATION qui m’a été confiée par un joueur de Donso Koni (harpe des chasseurs mandings) très versé dans le milieu des soma (prêtres des bois sacrés) et des chasseurs du Manden. Il me dit en parlant des Vieux initiateurs: « Ils parlent et parlent, et tu es là assis en faisant ’’ oui, oui ’’, sans oser leur demander ’’pourquoi?’’, parce qu’ils ne tolèrent pas les questions et se contentent de te dire : ’’c’est ainsi et c’est tout’’. » Est-ce toujours par volonté de dissimulation ou est-ce parce que certains de ces vieux initiateurs n’ont pas eux-mêmes reçu ou ont oublié le sens des choses? Combien de précieux secrets ont ainsi disparu avec leurs dépositaires? Et je ne parle pas seulement de secrets historiques, mais aussi de secrets de fabrication de médicaments contre certaines maladies comme le cancer ou autres. Voilà une des raisons fondamentales de la relégation de l’Afrique à l’arrière plan de la marche du monde. LA PARCIMONIE DES DÉTENTEURS DE LA SCIENCE! « QUAND LE PASSÉ N’ÉCLAIRE PAS L’AVENIR, L’ESPRIT MARCHE DANS LES TÉNÈBRES », A DIT À JUSTE TITRE UN AUTRE BRILLANT ESPRIT.

CE QUI EST SÛR, À FORCE DE CACHER LES CHOSES, ON FINIT PAR LES PERDRE DE VUE. IL FAUT ALORS SE METTRE À CHERCHER MINUTIEUSEMENT CE QUI A ÉTÉ ÉGARÉ PAR PARCIMONIE. Et c’est tout un choc quand, au bout de plusieurs années d’enquête, on en vient à découvrir des choses qu’on n’attendait pas du tout. C’est tout simplement terrible. Les griots du Manden m’avaient fait croire que les « nobles » descendants de « Sonjata » et moi étaient des gens opposés ne pouvant même pas s’unir, pour le meilleur et pour le pire. Non seulement je découvre que ce « Sonjata » est mon Ancêtre, après avoir consacré plusieurs centaines de pages à le démolir, je réalise aussi avec ahurissement que je le défendais partiellement et involontairement sous le titre de « Soumahoro » qu’il partage avec son Père auquel je suis rattaché par la Tradition orale. Allez y comprendre quelque chose!

L’ethnologue malien, Youssouf Tata Cissé, a su aussi mettre le doigt sur l’un des problèmes fondamentaux de l’épopée mandingue : « Comme on le voit, l'étude des traditions relatives à l'histoire de l'empire du Mali ne fait que commencer; c'est seulement lorsqu'on aura fait le tour des principaux centres de traditions orales et recueilli l'essentiel du savoir des niamakala, et notamment des griots réputés pour leur science, que l'on pourra entreprendre la rédaction d'une véritable histoire de l'empire du Mali. »

C'est-là aussi un AVEU CAPITAL qui confirme que l’Histoire du Mali n’avait jamais été écrite encore. Ne pas avoir d'histoire et avoir une histoire erronée ou tronquée revient à la même chose. Raison pour laquelle la méthode la plus appropriée s’avérait être pour moi LE JOURNALISME D’INVESTIGATION, faisant appel à une MULTITUDE DE SOURCES et recourant à une DÉMARCHE MULTIDISCIPLINAIRE (LINGUISTIQUE, SOCIOLOGIE OU ETHNOLOGIE, CONNAISSANCE DE L’HISTOIRE DE L’ÉGYPTE ANCIENNE, ETC). Avoir plus de sources que toutes les sources prises séparément, déterrer les informations qu’on cache au public, et surtout révéler le SENS CACHÉ DES MOTS ET DES CHOSES, était à mon avis la seule façon de venir à bout de cette gigantesque imposture qui prend tout un peuple en otage. Et c’est cela que j’ai dû faire, malgré moi, et en mettant de côté le roman d’amour que j’étais en train d’écrire et qui a débouché mystérieusement sur cette histoire. Comme quoi certaines histoires d’amour remontent à un passé beaucoup plus éloigné qu’on ne le sait. Les amours aussi se réincarnent.

CE N’EST DONC PAS EN ENNEMI DU PEUPLE MALIEN QUE JE M’ATTAQUE À CETTE FARFELUE LÉGENDE. BIEN AU CONTRAIRE, JE PENSE QUE L’HISTOIRE VÉRITABLE DU MALI EST DE LOIN BEAUCOUP PLUS RICHE, BEAUCOUP PLUS PUISSANTE QUE CETTE LÉGENDE DÉCADENTE QU’ON NOUS OFFRE ET QUI NE SERT QU’UN GROUPE DE PARASITES QUI SE NOURRISENT DE LA MÉMOIRE D’UN PEUPLE AU DÉTRIMENT DE SES AUTRES COMPOSANTES.

Que ceux qui ne se sentent pas capables de s’atteler à cette tâche, soit parce que la légende fait leur affaire, soit parce qu’ils n’en ont pas les capacités morales ou intellectuelles, soit parce qu’ils ont peur de se faire assassiner par les conservateurs, nous laissent donc faire notre travail. Chaque génération a sa mission et son devoir. La mission et le devoir des traditionalistes étaient de sauvegarder une légende au détriment de l’histoire. Pour cela, ils ont prêté serment de taire certaines vérités, en vivant aux dépens de leurs hôtes dont ils embellissent le passé. Et c’est parce qu’ils ont prêté serment qu’on les assassine dès qu’ils s’écartent du serment prêté.

Notre mission et notre devoir à nous est de restituer cette mémoire occultée. Nous n’avons prêté serment devant aucune corporation. Nous ne vivons pas non plus aux dépens d’hôtes envers qui nous devons nous sentir obligés. On ne nous a pas non plus confié de secrets qu’il faut préserver au prix de notre vie. Nous ne devons nos connaissances qu’à notre abnégation et aussi à notre prédisposition. Et tous les éléments existent dans les cultures maliennes pour réussir cette mission. Seulement, quand on veut se réclamer patriote et qu’on ne comprend même pas sa propre langue, il y a un sérieux problème.

MOUNTAGA FANÉ KANTÉKA