mardi 1 avril 2014

Mali : La fin du président IBK




Je commençais à désespérer de la clarté de ma vision, car je craignais que le mois fatidique de mars laisse IBK indemne au pouvoir. Or, ceux qui me suivent sur Twitter, savent que je ne lui donnais pas plus de six mois de survie politique. Et alors que je commençais à me résigner à la boucler pour de bon, voilà que le dernier vendredi de ce mois butoir, le coup vient du pays même de son ami Hollande. Plus mortel qu’un coup d’Etat ou un assassinat politique.

Mort de sa belle mort !

En l’an 2000, alors qu’il venait d’être démis de ses fonctions de premier ministre d’AOK et que tout le monde le donnait fini, j’ai écrit dans Le Malien un billet titré « Attention, IBK n’est pas mort », m’ayant valu quelques railleries... On connait la suite. Il a été élu deux fois président de la République. D’abord en 2002 où sa victoire lui a été volée par le déchu ATT. Ensuite, six mois plus tôt à la suite d’un quasi-plébiscite.
Et aujourd’hui, quatorze ans plus tard, alors qu’il est encore au sommet du pouvoir, j’affirme haut et fort : « IBK est mort ! Irrémédiable mort ! Mort de sa belle mort ! » Et dans les tous sens de ce mot, car il n’en survivra pas physiquement. Et je voyais cela sur sa face défaite le 26 mars dernier quand je le surpris à la télé, lors d’une cérémonie militaire. C’était un cadavre que je voyais. Il avait déjà le regard plongé dans l’Au-delà.
IBK est mort, car tous ses masques tombent avec cette affaire de mafiosi. L’ange de la mort s’est présenté à lui sous les traits du parrain corse Michel Tomi. Son vernis de musulman s’effrite radicalement, après celui de démocrate qu’il a fortement écorné avec son népotisme criard. Il ne pourra plus l’ouvrir dans ce pays où l’on connait son penchant pour la grande vie. Voulant être le champion de tout, IBK s’avère finalement en deçà de toutes les prétentions qu’il a affichées. Et personne n’est plus dupe.

Un homme sentant sa mort

J’avais écrit sur Twitter qu’IBK « agit comme quelqu’un qui sait qu’il va mourir au pouvoir ». C’était par rapport à son acharnement à mettre ses proches, dont son fils Karim et son gendre Isaac Sidibé, à des postes stratégiques, dans le but évident de conserver le pouvoir dans la famille, en cas de déboires personnels. Et c’est ce scénario qui se profile à l’horizon avec une éventuelle démission d’IBK ou une mort brutale
Je ne m’étalerai pas davantage là-dessus. Je me contenterai de dire que quel que soit celui qui lui succédera au pouvoir, qu’il sache que c’est le même sort qui l’attend, s’il n’a pas l’étoffe d’un héros. Car, au stade où l’on en est, Il faudrait un héros pour sortir le Mali de l’ornière dans laquelle vingt ans de « démocratie » l’ont plongé.

Mountaga Fané Kantéka

lundi 17 mars 2014

Récital de prose poétique




Voici un récital poétique qui raconte une histoire dont la fin et le début s’entremêlent dans la spirale de l’immortalité.

C’est le périple d’un poète qui, pour s’affranchir de la douleur du désir dérisoire, paie cher pour sortir de l’univers vermoulu.


Adolescent, préférant la chimère au réel, il court derrière le vent et en devient un marchand de rêves, accumulant des richesses inestimables.


La nature l’a béni de toutes les richesses de la création quand la société l’a affligé de toutes les misères de la condamnation.


Dans leur malvoyance, les hommes ont voulu faire de sa chance une malchance. Et de son bonheur un malheur.


En proie au drame pécuniaire, pour se nourrir, il trame des vers qui font sourire les cœurs et mûrir les esprits.


Les affres de l’esseulement le conduisent dans les délices de la solitude. Son refus du suivisme en fait un adepte de la splendeur.


Ne voulant pas souffrir les manigances, ni mourir dans la disgrâce, dans l’ermitage il s’enferme.


Le désamour du prochain lui insuffle l’amour du lointain. Il en devient un aventurier sillonnant les mers inconnues.


Ivre de douleur, pour survivre il va vivre son malheur ailleurs, dans l’espoir du bonheur dont les lueurs se font entrapercevoir dans ses rêves.


Héros réduit en paria, il erre dans les méandres de l’Histoire pour retrouver le sens perdu des mots et des choses.


Son filet et son harpon sur les bras, il part à la pêche des mots perdus dans les torrents des dérives sémantiques.


Entrapercevant à travers l’éclat de l’aurore l’aura de l’or ancestral parsemé aux quatre coins de l’univers, il nourrit le désir de le reconquérir.


Pérégrinant de contrée en contrée, il finit par assouvir le rêve qu’il a bercé tant d’années durant.


Revenu au bercail dans ses vieux jours, il meurt dans les bras de l’amour de sa vie qu’il a ramenée de ses aventures rocambolesques.


Lors de son oraison funèbre on orchestra un montage de ses vers dorés qui le firent revivre éternellement dans les cœurs.


Plus vivant mort qu’il ne l’était lors de son vivant, ses œuvres sont les souvenirs qui se sont substitués à sa personne.


De son vivant les sombres cabales avaient éclipsé son éclat. A sa mort, la magie des souvenirs lui a restitué son aura.


Ainsi finit et recommence l’existence du mentor, créateur insoumis au monde des compromis, trouvant reconnaissance et immortalité dans la mort.



Mountaga Fané Kantéka

jeudi 28 novembre 2013

Mali: IBK, le tribaliste




« Si tes propos divergent de tes actes, on te jugera sur tes actes ! », dit le dicton. Appliqué au président malien Ibrahim Boubacar Keita dit IBK, cette vérité le révèle sous les traits d’un tribaliste qui se donne des accents de nationaliste rassembleur !
Nous ne reviendrons pas sur sa trahison, relativement aux espoirs de changement qu’il avait suscités chez les masses qui avaient fait un large consensus autour de lui ! Retenons simplement que le slogan « Le Mali d’abord ! » qu’il avait brandi, s’est vite mué en « Mon clan politique et ma famille d’abord ! », traduit par des nominations népotistes au Gouvernement qu’il a composé !
Ce penchant népotiste ou tribaliste est couronné par la volonté d’IBK d’imposer son fils comme député à l’Assemblée nationale.

Un Karim qui en rappelle un autre

Un Karim que son père-président voulait imposer à ses gouvernés ! C’était au Sénégal, avec la dynastie Wade. L’Histoire se répète, en un très court laps de temps ! Et cette fois-ci, dans l’État voisin du Mali, avec le clan Keita. Très curieux et très révélateur de la conception patrimoniale du pouvoir qui prévaut encore chez nous !
En effet, Karim Keita, fils d’IBK, sitôt son père élu, a cru bon d’en imposer aux Maliens, en se présentant comme candidat aux législatives, lui qui jusqu’alors ne se mêlait pas de politique ! Dans la Commune II où il est candidat, le « prince » Karim Keita distribue de l’argent comme des feuilles d’arbre aux électeurs! Il se livre aux achats de vote, au vu et au su de tous !
Certains vont jusqu’à dire que Karim Keita serait encore plus riche que son père milliardaire! On peut se demander comment Karim Keita, naguère étudiant au Canada, a fait pour amasser une telle fortune, en si peu de temps
Poussant l’arrogance et l’indécence au bout, le « prince » mandenka Karim Keita s’est associé à un homme d’affaire du nom d’Hadi Niangadou, surnommé Joe Walaki, propriétaire d’une agence immobilière, pour ne pas dire un spéculateur foncier.
Dans son édition du 15 novembre, l’hebdomadaire Le Sphinx faisait état d’une tentative de lynchage à leur endroit, de la part des habitants de la Commune. On espérait donc que son fils ne passerait pas. Ce qui aurait pour effet de calmer la grogne populaire. Cependant, Karim Keita et ses colistiers sont en tête au premier tour et compte l’emporter le 15 décembre prochain.

Une affaire qui sent le souffre

Tout se passe comme si IBK, au mépris des conseils qui lui ont été prodigués, nostalgique de la légende tissée autour du fictif ancêtre Son-Djata, se croit investi d’une royauté qui lui reviendrait de droit ! Surtout quand on sait que le Ministre délégué auprès du ministre de l’économie et des finances, chargé de la promotion de l’investissement et de l’initiative privée,  Moustapha Ben Barka, est aussi le neveu direct de sa femme !
En ce moment où l’épopée du Capitaine-Général Sanogo vire au vinaigre, à cause notamment du courroux créé au sein de son propre corps des Bérets verts qu’il a trahis par ses excès, cet écart d’IBK risque d’avoir des répercussions insoupçonnées…
Cette affaire ne présage rien de bon et IBK et son fils ne pourront que s'en mordre le doigt! Comme si IBK, par masochisme, utilisait son fils comme la flèche qui l'atteindra en plein cœur et le fera dégringoler de son trône ancestral! Mais, comme le dit un proverbe malien, "celui dont la fin est imminente, n'écoute pas de conseils!"
Dans le meilleur des cas, Karim Keita du Mali, finira comme son homonyme Karim Wade du Sénégal que son père voulait imposer aux Sénégalais!

Mountaga Fané Kantéka

jeudi 31 octobre 2013

Ces constructions sauvages au bord du fleuve




Edito du Filon 06 du 06 Décembre 2012


L’anarchique urbanisation de Bamako a défiguré la ville au lieu de l’embellir. S’il est impossible de revenir totalement en arrière, l’urgence recommande cependant de casser toutes les constructions sauvages érigées au bord du fleuve, au mépris des normes de bornage. De Kalaban à Faso Kanou, la rive droite du fleuve Niger est emprisonnée dans une jungle de béton, obstruant toute vue sur le fleuve et bloquant tout passage. Pour aller d’un coin à l’autre, le piéton est obligé de faire de longs et intempestifs détours, le forçant à emprunter les routes enfumées et sans trottoir, risquant à tout moment de se faire écraser par un automobiliste ou un motocycliste.
Les espaces devant servir de passage-piéton ont été illégalement accaparés par des riches avec la complicité des véreux agents administratifs. Ils ont construit jusqu’à dans le lit du fleuve, comme s’ils voulaient freiner les crues ou précipiter l’assèchement du cours d’eau. Certains ont été punis pour leur aveuglément, leurs constructions réalisées à coups de centaines de millions de francs CFA, étant inhabitables, car inondées pendant l’hivernage.
C’est un désastre environnemental à l’aune de l’arrogance et la criminalité des nouveaux riches du Mali. Leur égoïsme puant et leur monstrueuse avidité transparaissent à chaque détour qu’on est contraint de faire pour se frayer un chemin vers la brise fluviale. Ils ne respectent pas même les petits espaces devant exister entre deux bâtiments. Le propriétaire de Badala Hôtel un certain Thiam est un exemple du genre. Non content d’avoir un grand espace au bord du fleuve dont il tire d’énormes profits, il a aussi récupéré la petite aire  qui sépare son hôtel du fleuve, poussant l’égocentrisme jusqu’à supprimer le petit coin aménagé qui servait de lieu de villégiature pour les amoureux du fleuve. Ce monsieur pestait chaque fois qu’il voyait quelqu’un assis-là pour contempler le fleuve. Pour lui et ses semblables destructeurs de l’environnement –, la loi de l’argent prime sur toute autre valeur. Le droit de se promener, le droit de respirer l’air pur et le droit de se relaxer au bord du fleuve étant l’apanage des parvenus ou des touristes blancs qui leur servent de clients.
Jouissant d’une inacceptable impunité dans un Etat déliquescent, ils ne mesurent pas toute l’ampleur de leur crime contre l’environnement et la société. Les petits jardiniers qui occupent les quelques rares espaces provisoirement épargnés, affirment avec stoïcisme : « Il ne leur reste plus qu’à venir construire au milieu du fleuve! » Ils le feront à coup sûr si l’on continue à les laisser faire. Ils iront jusqu’à réclamer des droits de passage aux pêcheurs dont ils ont pris l’espace et obligé à s’entasser comme des abeilles dans une ruche.
Qui leur a accordé le permis de construire ? C’est une question au cœur de notre investigation. Beaucoup de noms circulent en la matière… En attendant de faire le tour de la question, nous invitons les nouvelles autorités à envisager la destruction pure et simple de ces échafaudages intempestifs. Si elles ne le font pas, ce sont les populations étouffées qui le feront dans des conditions tragiques. Ce problème est une source de remous social, dans un contexte de démographie galopante où l’on n’a pas prévu d’espaces de loisirs pour une jeunesse en proie au chômage endémique.

Mountaga Fané Kantéka

NB: Le compte à rebours a commencé par l'action en justice enclenchée par les notables de Badalabougou contre une construction de Malivision, faite dans le lit du fleuve.