dimanche 12 mai 2019

LA FILIÈRE AMÉRICANO-MALIENNE DE LA CONTREFAÇON LITTÉRAIRE



Quand j'ai découvert que mon récit poétique ("Épître à Tounkaranké, prisonnier de l'exil'') figurait dans le catalogue de l'Université américaine de Princeton, j'étais partagé entre des sentiments contradictoires: la satisfaction et l'inquiétude.
Satisfait, bien sûr, de l'intérêt qu'on accorde à mon oeuvre.
Mais, inquiet, très inquiet même, de la manière dont mon oeuvre a pu échouer là-bas. Car, il faut le préciser, ce livre a été édité à compte d'auteur et à très faible tirage. Je l'ai édité moi-même, suite à mon désaccord  avec les éditions Tombouctou qui voulaient me mettre devant les faits accomplis,  en m'imposant un contrat inacceptable, après avoir publié mon livre. N'ayant pas trouvé de terrain d'entente, je leur ai laissé la totalité des exemplaires de la première édition de ce récit sous le titre de ''Lettre à Tounkaranké, prisonnier de l'exil''.

Donc, en découvrant que mon récit a atterri aux États-Unis, j'ai cherché à comprendre par quelle voie, sans pouvoir y parvenir.

Cependant, j'allais découvrir qu'il y a longtemps déjà qu'existe une filière américano-malienne dans ce domaine. En effet, j'ai découvert qu'on acheminait des écrits maliens aux États-Unis, y compris des publications faites dans les journaux maliens. Je l'ai appris à mes dépens, en découvrant qu'un poème que j'ai publié en 1997 dans le ''Malien Magazine'' a été plagié par une Afro-Américaine. Je l'ai découvert par hasard sur Facebook. Et, elle s'est faite toute une renommée là-dessus. Et mon poème, intitulé ''Noir'', a été écrit à Strasbourg en 1992, quand j'étais aux études. Je l'ai ensuite inséré dans ma pièce de Théâtre, intitulée '' Farafin Massa, le leader nègre de demain'', datant de 1995, plagiée elle aussi par le metteur en scène Ousmane Sow, donnant lieu à un procès retentissant au Mali. À la suite de quoi, j'ai viré vers le journalisme. Et voilà que je découvre cet autre plagiat de l'écrivaine Afro-américaine qui complique son cas, en faisant de fausses déclarations sur le web. Je l'ai contactée à deux reprises, sans obtenir de réponse. Après plusieurs mois, j'ai écrit à la maison qui a édité son poème. J'ai également contacté un avocat.

Je suis tellement dégoûté par les plagiats à répétition qui s'abattent sur mes oeuvres que j'ai écrit un pamphlet sur le sujet (''Quand les Noirs se mangent entre eux''), que je n'ai pas encore publié pour éviter de blesser du monde. Mais, ce genre de pratique n'est autre que de la sorcellerie. En effet, plagier quelqu'un, c'est se nourrir de son énergie créatrice. C'est le manger de l'intérieur, comme le font les sorciers anthropophages.
Que ces sorciers de plagiaires se le tiennent pour dire, je suis un anti-sorcier en puissance. C'est pourquoi je découvre toujours les plagiats perpétrés sur mes oeuvres. Que cette Afro-américaine soit assurée que mon courroux s'abattra sur elle avec fracas! Que les fournisseurs maliens le soient également!

MF Kantéka

mercredi 3 avril 2019

HARO SUR LES ÉDITEURS CORROMPUS ET LEURS ÉCRIVAINS FANTOCHES


Les bons livres et les bons écrivains sont devenus des denrées rares. Très rares. Et l'industrie du livre s'est transformée en une gigantesque mafia, opérant dans l'impunité la plus totale, faisant royalement fi des lois qui régissent la propriété intellectuelle. Aux préoccupations culturelles se sont substituées les préoccupations pécuniaires.
Ainsi, l'éditeur veut publier le plus de livres possible pour bénéficier de subventions diverses, outre les revenus du livre. Et pour cela, des éditeurs n'hésitent pas à recourir à des méthodes de gangster. Cela va du plagiat organisé au vol d'oeuvre, dirigés contre des oeuvres substantielles, écrites et publiés par des auteurs qui sont dans des situations de précarité.
Ces maisons d'édition ont ainsi recours à des écrivains fantoches pour mettre leur nom sur des livres qui sont issus du plagiat de ces oeuvres substantielles. La spécialiste française Hélène Maurel-Indart a écrit un livre très édifiant sur le sujet: « PLAGIATS, LES COULISSES DE L'ÉCRITURE ». Et, dans ce livre, sont cités des cas litigieux impliquant de grandes maisons d'éditions françaises, régulièrement lauréates de prix littéraires. Oui, il faut surtout comprendre que derrière l'écrivain primé, c'est surtout la maison d'édition qui est prise en compte. C'est bien cela! C'est en réalité à la maison d'édition qu'on donne le prix. Et comme il faut un écrivain pour cela, la maison choisit le bonhomme qui fait son affaire.
Un phénomène qui gagne l'Afrique
Ceux qui consultaient mon blog dans les années 2007-2008 ont pu remarquer que les nombreux plagiats perpétrés sur mon livre « ODYSSÉES NOIRES », outre "LE SEUIL", impliquaient plusieurs maisons dont "PRÉSENCE AFRICAINE" et "MENAIBUC" (dirigées par des Africains). Plus tard, j'ai découvert qu'une maison d'édition malienne, "LA SAHÉLIENNE", dirigée par ISMAEL SAMBA TRAORÉ, s'adonne elle aussi à ces pratiques honteuses. En effet, à deux reprises, il a publié des ouvrages qui reprennent en partie des résultats de mes recherches sur l'histoire mandingue, sans me citer. Et, je ne sais pas encore s'il en a fait d'autres.
Je rappelle que ces agissements ont des qualifications juridiques: PLAGIAT, CONTREFAÇON EN BANDE ORGANISÉE, CONCURRENCE DÉLOYALE, AGISSEMENT PARASITAIRE OU PARASITISME. Aujourd'hui, j'ai écrit à Ismael Samba Traoré, via le compte Facebook de sa maison d'édition pour lui faire part de mon intention de le poursuivre.
Et je prends tout le monde à témoin.
MF Kantéka
Mercredi, 3 avril 2019

mardi 2 avril 2019

LE DRAME DE LA FALSIFICATION HISTORIQUE AU MALI


Je viens de reprendre l'écriture des suites de mes travaux sur l'histoire mandingue. Et je suis de nouveau confronté au malaise qui m'envahit face à l'aliénation qui nous a été imposée par la tradition orale mandingue. C'est une catastrophe sans pareille mesure.
Quand je vois des gens qui se font les heraults de cette tradition orale, en reprenant les mêmes propos sans les analyser, j'en frémis de rage et de terreur. Et cela a été ainsi pendant des générations. Des légendes se nourrissant entre elles. Et quand je vois l'institution du Nko, l'oeuvre d'un Kanté pris en otage aujourd'hui par un Keita, qui sort encore un livre intitulé "Le triomphe de Soundiata", je me demande quand va s'arrêter cette folie falsificatrice.
Quand on n'est même plus capable de désigner nos ancêtres par leurs noms de baptême, occultés par des noms de légende, que peut-on espérer dans la vie? Quand un peuple n'est pas capable de faire face à son histoire, que peut-il espérer? Comment s'étonner que le Mali actuel soit dans un état de décomposition sociale très avancée?
Et c'est moi qu'ils veulent combattre? Ils se trompent de cible! D'ailleurs comment peuvent-ils me combattre? Pour combattre quelqu'un ou quelque chose, encore faut-il connaitre cette personne ou cette chose. Des hommes sans mémoire ne peuvent pas me combattre.
J'en reste là pour l'instant. Et je leur donne rendez-vous pour la lecture de mon prochain livre sur l'histoire mandingue. J'ai bien dit « Histoire ». Pas la légende! Elle est bel et bien morte la légende de Son-Djata, le Lion-Voleur. Rien ne pourra la faire revivre. Ils perdent leur énergie pour rien.
MF Kantéka

LES NOUVEAUX PROPHÈTES NÈGRES FACE AU PIÈGE DU PLAGIAT

NB: J'ai publié ce texte sur mon compte facebook le dimanche 24 mars 2019

J'avais prévu de publier un texte sur les nouveaux prophètes nègres. Mais, finalement, je ne trouve pas opportun de publier ce brûlot en ce moment…
Cependant, j'aimerais toucher un petit mot sur le plagiat qui sévit dans le milieu des vulgarisateurs des traditions africaines qui engorgent le web, diffusant des contre-vérités, en opposant les traditions africaines à certains cultes. Se faisant passer pour des prophètes de la renaissance africaine. Je ne me donnerai pas la peine d'aborder ici le cas de tous ces nouveaux « égyptologues », aveuglés par la passion revendicatrice, ayant découvert Cheikh Anta Diop sur le tard, qui font comme si l'histoire africaine se limite à celle de l'Égypte antique. Je me contenterai du cas des nouveaux prophètes animistes.
En vérité, c'est un mea culpa que je fais ici. Je m'explique. Le premier tome de mon livre "Odyssées noires", achevé en 2004 et publié en 2005, s'attaquait entre autres à l'aliénation religieuse des élites de mon pays notamment. Je n'avais épargné ni l'islam ni le christianisme. Et j'avais accordé une place de choix à l'animisme ancestral: les cultes traditionnels maliens.
Certaines personnes ont fait de ces pensées leur cheval de bataille dans une croisade visant à l'éveil des consciences de la jeunesse africaine. Si l'idée est louable en soi, c'est la tournure que prend leur démarche qui est alarmante. Car, redoublant de zèle, ils propagent des contre-vérités, en faisant la part trop belle à certains cultes et en les opposant à d'autres qu'ils dénigrent. C'est là que j'en viens à mon propos: le piège du plagiat.
Quand on veut s'approprier les fruits des recherches de quelqu'un d'autre, on devrait attendre d'abord qu'il finisse de publier tous ses travaux. Le propre de la recherche est de nous faire changer d'orientation, au fil de nos découvertes, sous peine de tomber dans le dogmatisme. Il arrive très souvent que notre trajectoire connaisse quelques bifurcations et qu'on change d'idée sur certains aspects. Or, le plagiaire, qui a fait sien nos pensées du départ, demeure campé sur une position dépassée. Induisant ainsi en erreur des gens qu'il veut éclairer…
Pour raccourcir ce débat, je dirais que toutes ces religions (bouddhisme, judaïsme, christianisme, islam) sont de souche africaine, au même titre que des cultes animistes. Elles ont subi des trajectoires différentes, mais n'en demeurent pas moins des religions initiées par des Noirs. C'est cela la vérité. Et, il y a des interactions entre elles. Pour ne prendre en exemple que les cultes mandingues, on y trouvera des objets importés de la Mecque comme d'Israel.
Maintenant, pour ce qui est de la perversion des cultes, on trouvera le même problème dans toutes les religions. Même l'Égypte antique n'a pas fait exception à la perversion de ses prêtres. Et combien de crimes sont-ils imputables aux milieux animistes de nos pays? Les sacrifices humains et autres...
Il faut donc arrêter de déblatérer dans le vide et faire la part des choses. Pour cela, il faut éviter l'opportunisme et la paresse et faire des recherches. Quand je vais publier les suites de mes travaux sur l'histoire mandingue, bien de ces illuminés, soi-disant animistes, vont se mordre le doigt jusqu'au sang…
Mountaga Fané Kantéka

dimanche 7 octobre 2018

Avis aux ethnologues français et autres à propos de l'histoire mandingue



Je viens de lire plusieurs articles, relativement récents, sur les recherches ethnographiques sur le passé mandingue.
Parmi eux, l'un d'eux a attiré mon attention. C'est un article signé par #HadrienCollet, intitulé "L’introuvable capitale du Mali. La question de la capitale dans l’historiographie du royaume médiéval du Mali" (https://journals.openedition.org/afriques/1098).

Certes, j'y ai constaté un réel effort de compréhension, à travers une approche critique des sources. Mais, j'y déplore une certaine naïveté et une certaine inconséquence. En effet, derrière une démarche se voulant scientifique, les différents auteurs, cités par Hadrein Collet, restent tout de même accrochés au personnage mythique de «Sunjata» (Son-Djata) comme s'ils prenaient pour acquis que ce personnage a réellement existé. Et tournent autour pour trouver des références historiques, notamment l'existence de tel ou tel site ayant servi de capitale à l'Empire manding à tel ou tel moment de l'histoire.

Avec un postulat, faussé dès le départ, que peuvent-ils espérer trouver? N'ont-ils pas encore compris que le concept « Son-Djata» cache plusieurs personnages historiques éloignés dans le temps et dans l'espace?
Par ailleurs, on s'y accroche à des noms de lieux comme Dakadjala (et non Dakadjalan) et Soso, sans même avoir à l'esprit que ces noms ne sont que des noms allégoriques pour désigner des lieux qui ont d'autres noms dans la réalité. Sans compter le nom de Kouroukan Fouka qu'on ressasse à tout bout de champ comme si cette expression désignait une ville en particulier.

Avec une telle démarche, pseudo-scientifique, ces ethnologues tourneront en rond pendant longtemps sans dénicher quoi que ce soit. C'est bien beau les fouilles archéologiques! Encore faut-il savoir là où il faut aller fouiller!

J'en viens à mon propos. Tant que ces chercheurs occidentaux n'abandonneront pas leur arrogance et leur approche ethnocentriste, ils végéteront longtemps dans les fables et seront les dindons de la farce ourdie par les griots traditionalistes. La clé de l'histoire mandingue, à tous les niveaux, réside dans la sémantique. Une profonde compréhension des langues mandingues et des codes narratifs des griots!

Ethnologues occidentaux, tant que vous demeurez accrochés aux noms de légende, vous n'êtes pas dans l'histoire, mais dans la légende. Allez au delà du concept Son-Djata pour retrouver les traces de l'histoire mandingue!

Ce que je viens de dire ici fera plus avancer la science que des décennies de légendes folkloriques.

Mountaga Fané Kantéka

jeudi 13 septembre 2018

Petite réflexion à propos du #succès :


Le #succès d'un #livre ne se résume pas à un succès de librairie ou médiatique. Mais, à l'influence que dégage le livre.

Et cette influence apparaît souvent de façon déguisée, en ce sens que ceux qui en sont l'objet ne le montrent pas clairement.

En d'autres termes, un livre peut mettre à jour des idées dont d'autres s'emparent pour créer des mouvements de masse pour le changement. C'est cela le vrai succès d'un livre.

Et c'est dans ce sens que je vois mon livre #OdysséesNoires comme un très grand #succès . Vu tous les #avatars qui en ont découlé. Bons ou mauvais!

Pour parler en termes monétaires, si on me donnait aujourd'hui les fruits des plagiats, contrefaçons et adaptions de mon ouvrage, je ne travaillerais plus jamais de ma vie.

Mountaga Fané Kantéka

vendredi 7 septembre 2018

Droit de réponse: L'hypocrisie et l'imposture de Cheick Hamidou Kane, l'ambigu auteur de " L' Aventure ambigüe"



« Quand le patriarche s'éloigne du droit chemin, il perd son droit au respect », pourrais-je être tenté d'inventer, comme étant un « proverbe africain», comme le font bien de gens. Il est même possible qu'il existe un proverbe de la sorte. Mais, en l'occurrence je n'ai besoin d'évoquer quoi que ce soit pour mettre Cheick Hamidou Kane à sa place. Non seulement, la « sinankouya » (parenté cathartique ou cousinage à plaisanterie), qui existe entre nous, me le permet, mais aussi il est plus que temps de le rappeler à l'ordre. Car il dépasse les bornes. En se prenant pour ce qu'il n'est pas.

Il est question de l'interview qu'il a accordée récemment au journal " Le Monde Afrique" (https://www.lemonde.fr/afrique/article/2018/08/31/cheikh-hamidou-kane-l-afrique-n-existe-plus-elle-a-ete-depossedee-de-son-espace_5348682_3212.html) dans lequel il propose « pas un retour au passé, mais un recours au passé» pour remettre l'Afrique dépossédée sur les rails. Et pour cela, il parle de s'inspirer de la Charte du Mandé qui, à ses dires, a été élaborée en 1236. Et il parle aussi de son projet de « retracer l’épopée de l’empire du Mali fondé par Soundjata Keïta » et « rappeler cette page d’histoire à la jeunesse africaine et au monde.» Comment peut-il donc parler à la fois d'épopée et de «page d'histoire»? Est-il sûr que ces deux concepts, épopée et histoire, sont synonymes? Mais, passons là-dessus pour l'instant.

Et, dans ce « noble dessein », l'illustre patriarche Cheick Hamidou Kane aurait, de son propre aveu, « réuni autour du projet des artistes comme Youssou Ndour, des intellectuels, des écrivains, des griots traditionnels ressortissants de l’espace de l’ancien empire du Mali. Dans le but de « faire un film d’animation avec des effets spéciaux pour illustrer l’univers mystique de l’empereur Soundjata Keïta. » Et, pour couronner cette noble imposture, il va jusqu'à vouloir attribuer à son « Soundjata» des « pouvoirs magiques comme le don d’ubiquité » qui sont pourtant des attributs de Soumahoro selon la tradition. Et, pour cela, il veut s'inspirer notamment de  Black Panther. Ça sent déjà le plagiat à plein nez! Tout comme son congénère et coreligionnaire Djibril Tamsir Niane a vraisemblablement puisé du côté de JR Tolkien pour étoffer son récit (qui, de l'avis de Youssouf Tata Cissée, est « une version sommaire mais très lyrique et romancée de la tradition de Djoliba-Koto»). Je pense à sa description de la mythique « bataille de Krina », un fait qui demande encore à être prouvé, car le grand griot de Krina, Wâ Kamissoko, est formel là-dessus: « Depuis que le monde a été créé, aucune guerre, hormis celle de Samory Touré, n'est tombée sur le Manden.» Et, dans une autre version, on parle de « bataille de Dakadjala» qui n'a pas mobilisé toutes les troupes qu'on rencontre dans le récit de Djibril Tamsir, comme dans les récits de JR Tolkien ("Le Seigneur des anneaux")…

Hypocrisie et imposture

Il est nécessaire de faire quelques petits rappels pour comprendre la vraie motivation du patriarche Cheick Hamidou Kane. Je commencerai d'abord par manifester mon étonnement face à son discours sur ce qu'il appelle le « recours au passé» pour pallier les problèmes actuels de l'Afrique. Je ne peux m'empêcher d'y voir un double langage. Car, dans sa fameuse "Aventure ambigüe", sur laquelle il fonde son autorité aujourd'hui encore, il écrivait justement que les Blancs ont vaincu les Africains, du fait que ces colons blancs avaient du « vécu ». Oui, il a bel et bien écrit cela. Et cela fait plus de trente ans que j'ai lu et relu cet ouvrage, et je ne m'en remets pas encore. Et c'est pourtant ce même Cheick Hamidou Kane qui prône aujourd'hui le « recours » à ce passé sans vécu de l'Afrique. Parce qu'écrire, comme il l'a fait, que le colon doit sa victoire à son vécu, c'est dire que les colonisés n'avaient pas de vécu. Faut-il croire que Cheick Hamidou Kane n'avait pas encore lu ou consulté les historiens Joseph Ki-Zerbo et Cheikh Anta Diop dont il affirme, dans cette même interview, qu'il était très proche? Parce que s'il l'avait fait, il aurait su dès cette époque que l'Afrique a plus de vécu que les colonisateurs. Je n'en dirai pas plus sur ce chapitre.

Quant à son intrusion dans l'histoire mandingue, je dois rappeler un fait qui est en soi révélateur de la mentalité désinvolte de ce patriarche. En effet, lors de mon passage au Mali, fin 2009-2010, j'ai été très étonné d'entendre le même Cheick Hamidou Kane, venu comme par enchantement dans mon pays en même temps que moi (après la publication de mon livre qui détruit le mythe de Son-Djata ou Lion-Voleur), sur les ondes de la radio malienne, en train de s'ériger en grand défenseur de l'épopée mandingue, version Djibril Tamsir Niane, qui, il faut le signaler, est un Al pulaar et un musulman comme lui. De sa voix la plus autoritaire, il est allé jusqu'à faire un aveu de taille sur l'imposture qui entoure ce qu'ils appellent « La Charte du Manden ». Devant Dieu et les hommes, il a avoué qu'ils sont allés chercher des griots (une quarantaine, si mes souvenirs sont bons) pour qu'ils disent, chacun, ce qu'ils savent de cette « charte». Et qu'aucun des griots ne connaissait l'intégralité de cette « charte». Et que, par conséquent, ils ont mis bout à bout des fragments de témoignages embryonnaires, en ont fait un fatras qu'ils ont confié à un magistrat guinéen du nom de Siriman Kouyaté (si mes souvenirs sont bons) pour qu'il en fasse une rédaction à la manière française, en y apportant des ajouts. Avez-vous jamais entendu pareille imposture? Et, il a affirmé tout ça, comme si c'était un agissement des plus corrects. Des plus inoffensifs. Des plus réglementaires, dans le meilleur des mondes. Ciel! Comme si, lui, qui ne pige pas un seul mot du banmanankan ni du manikakan (langues de conservation de cette histoire) pouvait, du fait de sa notoriété, venir nous en imposer. Au nom d'une loi dont lui seul sait les fondements.

Je veux bien qu'il y ait une « Charte du Mandé», mais encore faut-il qu'il repose sur des matériaux historiques. Surtout si l'on sait aujourd'hui, sans l'ombre d'un doute, que les rois du Mandé étaient des gens parfaitement lettrés, comme en témoignent les archives de Tombouctou et de Djenné, entre autres. Entre nous, je dois concéder qu'il doit bien y avoir quelque part une charte mandingue. Mais, elle n'a rien à voir avec le règne auquel ils veulent l'associer, comme je l'ai aisément démontré dans mon ouvrage, en démolissant la thèse de Youssouf Tata Cissé qui situe cette « Charte» à la date de 1222, en l'attribuant à « Son-Djata» qui n'était qu'un pauvre exilé à cette date, selon la tradition. Sans aucun soupçon de pouvoir!

Une idéologie machiavélique, parasite, esclavagiste et raciste

Pour dire les choses comme il se doit, l'attitude de Cheick Hamidou Kane entre dans le cadre de cette volonté de conserver des privilèges claniques qui leur échoient en vertu des légendes farfelues, ajoutés à leur affiliation à la religion musulmane. Ce mythe de Sondjata (Lion-voleur), comme je l'ai démontré dans mon ouvrage, est un montage destiné à favoriser certaines couches sociales au détriment d'autres, leur assurant des positions sociales et politiques de choix. Et, paradoxalement, ce sont des descendants d'esclaves affranchis qui se prévalent de ce mythe aujourd'hui. Des esclaves affranchis devenus des esclavagistes à leur tour. Parce que derrière le mythe de Son-Djata (Lion-Voleur), il y a plusieurs règnes dont ceux des esclaves affranchis, parmi lesquels Sakoura ou Sankoura Tarawélé. Et ce sont eux qui se revendiquent aujourd'hui « nobles», en transposant ce concept français au mot « horon» qui n'a rien à avoir avec. J'ai été d'ailleurs agréablement surpris, en constatant qu'un lecteur de l'interview de Cheick Hamidou kane, du nom de Yetto, a fait ce commentaire aussi humoristique que caustique: « "Je ne préconise pas un retour au passé, mais un recours au passé." Belle façon de jouer avec les mots et d'embellir une Histoire qui a eu pourtant pour les Africains les aspects les plus atroces et les plus dégradants. La soumission à l'islam doublée d'un trafic d'esclaves noirs à grande échelle en direction des pays arabes déjà islamisés puis des pays occidentaux demandeurs pour les Amériques. Oui mais l'auteur est philosophe et fils de chef religieux il a SON MESSAGE à faire passer …!!!» On ne peut en dire mieux! Comme quoi, le bon sens est encore bien partagé en Afrique.

Quant à l'histoire mandingue, c'est le titre "Soumahoro Kantè" qui est le véritable titre d'empereur du Mali, comme je le démontre avec force détails irréfutables dans les suites que j'ai consacrées à ce sujet. Et, il y a eu plusieurs "Soumahoro Kantè" dans l'histoire mandingue. Je n'ai pas encore fini de les dénombrer en quinze ans de recherche. Mais, j'en ai déjà localisé pas loin d'une dizaine.

Pour faire court, pourquoi Cheick Hamidou Kane, au lieu de s'accrocher au mythe, n'essaie pas plutôt de retracer l'histoire mandingue qui se cache dans ce mythe? S'il est honnête et désintéressé, il sait pourtant que son congénère et coreligionnaire Djibril Tamsir Niane, a lui-même reconnu, dans l'avant-propos de son récit, que ce n'est pas l'histoire à proprement parler. Tout comme Youssouf Tata Cissé, avec le récit de Wâ kamissoko, comme vous pouvez le constater en consultant mon article sur le sujet (http://kanteka.blogspot.com/2007/12/la-vrit-sur-lhistoire-mandingue-les.html).

Sinon, pourquoi Cheick Hamidou Kane, au lieu de se rabattre sur le vécu manding, ne chercherait-il pas des références dans sa propre culture peule? Il y a bien eu des royaumes et des empires peuls, non? Pourquoi ne va-t-il pas chercher du côté de l'Empire peul du Macina par exemple? Je connais un Toucouleur, le professeur Oumar Dioume, qui, lui a su trouver des références dans sa culture dans son livre intitulé "Lumières noires de l'humanité".

L'arrogance de certains intellectuels africains m'horripile au plus haut point. Sous prétexte qu'ils ont fait un livre sanctifié par la France (et pour cause), ils veulent se mêler de tout, comme s'ils se prenaient pour Dieu. Quand on a manqué à son devoir historique, pour une quelconque raison, pourquoi vouloir entraver ceux qui s'attellent au leur? Surtout quand on est au crépuscule de sa vie?

Mais, j'avertis Cheick Hamidou Kane. Il nous trouvera sur son chemin. Lui et tous ceux qui sont impliqués dans cette mascarade. Qu'ils sachent que nous en avons assez de ce mythe de Son-Djata et que nous voulons connaître notre histoire. Et j'ai été très étonné de constater qu'au Mali, des griots me félicitent d'avoir fait la lumière sur cette histoire. Il y a eu même des Kèta parmi ceux qui étaient enchantés de m'avoir lu ou écouté. Un policier Kèta, qu'on surnomme Mandé Massa, est allé jusqu'à confisquer mon livre pour le donner à sa fille, afin qu'elle s'en inspire. Dès mon arrivée à Bamako, un journaliste de la place est venu prendre deux livres avec moi dont l'un était destiné à l'ancien président de la République, le Général Moussa Traoré qui, à ses dires, attendait vivement ce livre. Même l'actuel président du Mali, IBK, a ce livre en sa possession. Dès, 2004, lors de son passage en catimini à Montréal, il m'avait dit de lui en réserver un. « Et dédicacé!», avait-il demandé, me suppliant de venir lui serrer la main avant de quitter la salle où il faisait sa campagne clandestine contre ATT.

Cheick Hamidou Kane, si vous êtes un vrai Peul, vous savez que, quel que soit votre âge, vous ne pouvez être qu'un fils pour moi. En ma qualité de Noummou! Prenez-le donc de cette façon! Sinon, je suis prêt pour la guerre. La guerre pour la réhabilitation de l'histoire mandingue. La mémoire de mes Ancêtres!

Mountaga Fané Kantéka