mardi 6 octobre 2020

REBELOTE AU MALI: DE NOUVEAU SUR LES CHARBONS ARDENTS

 

On y est! Sitôt le gouvernement de transition mis en place, le M5-RFP déterre la hache de guerre, ce mardi 6 octobre. Nous plaçant dans la perspective d'une nouvelle situation insurrectionnelle dans le pays. Les détracteurs s'empressent déjà de crier à la « soif de pouvoir » de politiciens mis au rancart par les jeunes loups de la junte militaire qui se sont érigés en sauveurs du peuple malien. Comme s'ils oubliaient soudainement que sauver le Mali, c'est d'abord gagner la guerre contre le « terrorisme » qui fait rage au nord et au centre du pays.

Nous aimerions poser une simple question à ceux qui dénigrent les membres du M5-RFP. Qui d'entre eux aimerait voir quelqu'un venir confisquer le fruit de sa lutte? C'est de cela qu'il est question ici. En vertu de quoi Assimi Goïta et sa troupe, longtemps restés inactifs face au chaos qui minait le pays, s'érigent-ils soudainement en sauveurs et décideurs politiques?

 

ENTRE LE FAUX ET LE VRAI COUP D'ÉTAT

 

Nous n'allons pas nous répéter en rappelant derechef que l'opération du 18 août 2020, ayant conduit au départ du président IBK, n'était qu'une mise en scène. Dont le but principal était de sauver le potentat déchu et son problématique fils, Karim Keita. Sans quoi, ils allaient être lynchés par la foule en colère. Et les militaires n'auraient rien pu faire contre ce lynchage. Ils se sont débrouillés pour les faire sortir du pays, afin de les mettre définitivement à l'abri. Donc, plutôt que parler de « coup d'État», il faudrait surtout parler d'opération de sauvetage du président de la république et de sa famille.

En revanche, il y a bel et bien eu un coup d'État contre les membres du M5-RFP. Cela aussi, nous l'avons signalé dans un précédent article. Ils se sont faits dribbler par les petits opportunistes militaires, aux ordres de la France et autres puissances coloniales.

Ceux qui disent que la véritable question est l'intérêt du Mali, nous les prenons au mot. En vertu de quoi les militaires seraient plus habilités que ceux du M5-RFP à diriger le Mali? Comme les hommes ont la mémoire courte! Qui oserait nous dire que le régime militaire de Moussa Traoré, venu au pouvoir par un pustch contre le régime civil de Modibo Keita, a été salvateur pour le Mali? Et, plus proche de nous, a-t-on déjà oublié les deux mandats du général ATT qui avait troqué l'uniforme militaire contre le costume de président civil? Qui oserait nous dire que ce régime a été un exemple de réussite, en matière de lutte contre la corruption et l'insécurité, entre autres? A-t-on déjà oublié les cents militaires maliens, égorgés comme des moutons de Tabaski, à Aguel Hoc sous son règne? Nous avons encore, dans nos archives, les photos de cette horrible tragédie — qui ressemble à s'y méprendre à un rituel maçonnique. Et quid du passage houleux et éphémère de la troupe du jeune Amadou Haya Sanogo qui, en l'espace d'une petite année de règne, a sombré dans la mégalomanie et a fait couler un ruisseau de sang au sein des bérets rouges et de ses propres membres, bérets verts? Et quid de la corruption rampante qui règne au sein de l'armée malienne, au niveau des hauts gradés? Même en temps de guerre, ils n'hésitent pas à détourner les fonds de l'armée. Même l'armement est détourné de son but.

 

"DIOMAYA" OU LA SOUS-ESTIMATION

 

La guerre politique qui va bientôt être déclenchée au Mali entre les opportunistes militaires et les membres du M5-RFP, en plus des enjeux politiques, rentre dans le cadre de ceux que les griots mandingues appellent "diomaya kèlè". C'est à dire la lutte pour laver un affront. Un affront infligé par quelqu'un qui nous sous-estime. Les militaires ont eu le tort de croire que leurs armes peuvent leur permettre d'en imposer à des civils aux mains nues. Quels que soient ceux qui les manipulent, ils ne pourront pas faire face longtemps à une insurrection populaire.

Et, comme ils l'ont déjà fait, rien ne sert de chercher à monter d'autres civils contre ceux du M5-RFP. Parce que, dans un très court laps de temps, s'ils n'arrivent pas endiguer la menace « terroriste», ces civils vont se retourner contre eux. Ils seront pris dans leur propre piège. En attendant, certains s'empressent déjà d'exiger des nouveaux « maîtres » du pays qu'ils fassent leur déclaration de biens personnels, afin de prémunir le pays contre les inévitables détournements de fonds qui vont survenir pendant cette transition politique.

Comment Assimi Goïta — vraisemblablement un homme de paille — et sa troupe peuvent faire preuve d'autant d'indélicatesse et de manque de jugement en poussant l'outrecuidance jusqu'à revendiquer la paternité d'un enfant dont ils ne connaissent même pas la mère?

 

MF Kantéka

lundi 28 septembre 2020

LE MALI FACE AU SPECTRE DE L'ÉTERNEL ÉCHEC POLITIQUE

 

La crainte que nourrissaient beaucoup de Maliens est devenue réalité avec les choix du Président et du Premier ministre de la transition politique. Le premier, Bah N'Daw, militaire à la retraite, est un septuagénaire qui a servi notamment sous le régime militaire de Moussa Traoré et celui d'IBK (Ibrahim Boubacar Keita). Malgré son intégrité affirmée, il n'en demeure pas moins un serviteur des régimes décriés et combattus avec rigueur. Le second, Moctar Ouane, âgé de 65 ans, est lui aussi un ancien ministre d'ATT (Amadou Toumani Touré). Perçu comme un pion de la France, certains se sont empressés de l'accuser — à tort?— de traîner derrière lui une casserole de près de 65 milliards de francs CFA. Ceci pour dire que ces choix sont discutables et jurent avec la volonté de changement affichée par les contestataires de l'ancien régime. Pourtant, il y avait bien des Maliens, à l'intérieur comme à l'extérieur, qui pouvaient être choisis pour remplir ces fonctions. Et parmi eux, il y a des jeunes qui n'ont trempé dans aucun de ces régimes honnis. Ajoutons à ces désagréments, la présence du jeune et ambitieux militaire Assimi Goïta (aspirant au messianisme) qui s'incruste, en s'octroyant le poste de vice-président de la transition, comme pour revendiquer la paternité du mouvement populaire qui a conduit au départ du Président IBK. Confirmant la confiscation que nous avons évoquée dans notre dernier article ("LA RÉCUPÉRATION DE LA LUTTE POPULAIRE PAR LES MILITAIRES"). Du coup, l'euphorie révolutionnaire a viré au cauchemar. Le rêve éphémère d'un « Mali nouveau » semble s'être envolé! Le branle-bas d'une nouvelle révolte est déjà en marche du côté du MDP (Mouvement Démocratique et Populaire), dirigé par le jeune Adama Ben Diarra alias Ben Le cerveau, ayant pris ses distances par rapport au M5-RFP qui est sur le point de voler en éclats (si ce n'est déjà fait). On y crie à la « trahison ». Une « trahison » imputable tant aux militaires du CNSP (Comité National pour le Salut Public) qu'au guide Mahmoud Dicko, voué aux gémonies, qualifié de « traître ». Des partisans de l'ancien Président IBK y vont aussi de leurs critiques et de leurs exigences. On se dirige droit vers de nouvelles alliances visant à combattre l'imposture des nouveaux maîtres du pays. 

 

 LA RÉPÉTITION DU MÊME SCÉNARIO 

 La fâcheuse situation, à laquelle on assiste aujourd'hui, n'est que la réplique de ce qui s'est passé huit ans auparavant, suite au coup d'État perpétré contre ATT par la troupe du capitaine Amadou Haya Sanogo. Et cela nous avait inspiré un édito dans "Le Filon", en date du 7 janvier 2013 ("LE CERCLE VICIEUX DU POUVOIR") dans lequel nous disions: « Acclamés et affichant au départ des idéaux rénovateurs, nos jeunes putschistes du 22 mars 2012 ont été vite rattrapés par la funeste réalité de la politique malienne qui, depuis 1960, n'est qu'une suite de reconductions des mêmes personnes au pouvoir! Cela se confirme avec la nomination du septuagénaire Django Sissoko au poste de Premier ministre, succédant à Cheick Modibo Diarra — lui-même gendre de l'ex-Président Moussa Traoré sous lequel Django Sissoko a aussi servi. « Si certains approuvent ce choix, au nom de l'expérience et de la continuité, d'autres le voient comme une poursuite des politiques antérieures tant décriées, ayant justement servi de justification au putsch. du 22 mars. " À quoi bon chasser ATT si c'est pour reconduire l'homme qui lui servait de cheville ouvrière?", s'interrogent-ils. Pourquoi en effet parler de continuité quand on s'inscrit dans la logique de la rupture? Ce paradoxe est inhérent à la sociologie politique d'un Mali enferré dans un fixisme nourri par des légendes moyenâgeuses, hostile au progrès, réfractaire à tout vent nouveau. C'est le drame d'une société réactionnaire, mystifiée par une Tradition ancrée, ayant une curieuse lecture de l'histoire. Le pouvoir politique a du mal à s'évader de ce cercle vicieux. Dans ce contexte de tribalisme politique, le coup d'État se réduit à un simple moyen d'accéder au cercle restreint des privilégiés. Et non un mode de transformation des moeurs politiques. Les grandes déclarations sont vite contredites dans la pratique, semant encore plus de désarroi au sein de ceux qui aspirent à une société plus ouverte et plus égalitaire... » 

 

 LA QUESTION DE LA RELÈVE

Dans cet article, nous n'avons pas manqué d'aborder la question de la relève politique. À savoir « l'incapacité de la jeune génération à se démarquer de ses devanciers et à revendiquer et obtenir son droit à la reconnaissance.» Et nous indexions l'absence de formation idéologique, l'incapacité « de s'affranchir et de transcender le chimérique discours passéiste », de remettre en cause les jalons préétablis, de se passer du parrainage des caciques du milieu politique, de se mettre à l'abri des démons de l'arrivisme, le manque de vision et de projet collectif, le goût du lucre et du luxe, le culte de la personnalité, la paresse intellectuelle, la fausseté et la division. Toutes ces tares qui font que les vieux continuent à faire la pluie et le beau temps, avec la complicité de leurs jeunes protégés. Donnant au Mali l'image du chien qui se mord la queue. Cependant, nous avons pu observer, tout le long de la lutte du M5-RFP, des jeunes prometteurs comme maître Demba Traoré, Clément Dembélé, Nouhoum Sarr, Adama Ben Diarra et bien d'autres qui, à défaut du poste de Président, auraient mérité celui de Premier ministre de la transition. Mais, pour cela, il aurait fallu qu'ils ne se laissent pas abuser par toutes ces histoires d'expériences politiques, de carnet d'adresses et de CV. Car, l'histoire nous l'apprend, des révolutionnaires comme Thomas Sankara ou Jerry Rawlings ne sont pas venus au pouvoir avec des expériences politiques, des carnets d'adresses ou des CV kilométriques et ronflants. Ils y sont venus avec leur amour du pays, leur loyauté et l'esprit de sacrifice. 

 

 LA MAIN DE LA FRANCE ET SES FRANCS-MAÇONS MALIENS 

Pour finir avec cette succincte analyse, nous attirons l'attention sur des mouvements de revendications visant au retrait des soldats français du Mali, ayant eu lieu le 22 septembre à La Place de l'indépendance. Et aussi les allusions aux francs-maçons tout le long de la lutte pour le changement. C'est l'occasion pour nous de mettre en garde la France et ses serviteurs de la franc-maçonnerie locale qu'on soupçonne d'oeuvrer en coulisses pour bloquer les efforts de libération nationale. Le Mali est à la croisée des chemins, comme l'a constaté Nicolas Normand, l'ancien ambassadeur de France (au Mali). Il y a un décalage, pour ne pas dire un fossé infranchissable, entre la servilité des Maliens (francs-maçons) qui servent la France et et la hardiesse de ceux qui veulent en finir avec cette servitude déshumanisante. Le temps n'est plus aux tentatives consistant à étouffer les voix (notamment la nôtre) qui s'élevaient contre les pratiques rétrogrades. Maintenant, les populations sont averties sur les moeurs des gens des sectes. Qu'ils prennent garde à ne pas trop tirer sur la corde et de ne pas déclencher une chasse aux francs-maçons au Mali et dans toute l'Afrique. Les gens sont fatigués de leurs pratiques surannées. Alors francs-maçons, en toute cordialité, soyez attentifs à ce message: « Faites profil bas et laissez le Mali suivre le cours de son évolution historique!».

MF Kantéka.

lundi 14 septembre 2020

MALI: LA RÉCUPÉRATION DE LA LUTTE POPULAIRE PAR LES MILITAIRES

 

Un mois, moins six jours, après le départ du président malien IBK (Ibrahim Boubacar Keita), les tractations au niveau des concertations pour la future transition politique nous confortent dans l'analyse que nous avions faite de ce coup de théâtre ("DÉPART DU PRÉSIDENT MALIEN IBK: COUP D'ÉTAT OU MISE EN SCÈNE?"). En effet, tout semble indiquer que les jeunes militaires du CNSP (Comité National pour le Salut du Peuple), manipulés par des mains supérieures, n'ont fait irruption sur la scène politique que pour décanter la situation et, d'une pierre deux coups, court-circuiter les politiciens de la vieille garde qui ont dirigé la grogne populaire du M5-RFP. 

Outre les accrochages du début des concertations et les incitations des populations à réclamer un leadership militaire (ayant conduit notamment à la création d'un autre mouvement, M4, constitué en partie des partisans du président sortant IBK), nous sommes aujourd'hui devant le fait accompli, avec le refus du M5-RFP d'accepter les conclusions des concertations, au motif qu'elles ne reflètent pas la volonté du peuple malien. Dans un communiqué en date du 12 septembre, on dénonce la non-conformité du rapport final aux délibérations des groupes de travaux sur plusieurs points ainsi que des « intimidations [et] pratiques antidémocratiques et déloyales dignes d'une autre époque » qui ont justement servi d'arguments pour déboulonner le président démissionnaire IBK. D'où le constat de « la volonté d'accaparement et de confiscation du pouvoir au profit du CNSP ». 

Autrement dit, nous risquons de nous retrouver à la case de départ, à la seule différence qu'IBK et son problématique fils, Karim Keita, ont réussi à tirer leur épingle du jeu, en se mettant à l'abri, hors du pays. Et en laissant les affaires aux militaires qui leur doivent leurs promotions aux grades de colonel et de général, sans jamais avoir eu à commander, si l'on se réfère aux commentaires d'un membre influent du M5-RFP, NouhoumTogo, qui ne s'est pas gêné pour étaler, au micro de Kati 24, les carences des jeunes militaires, naguère acclamés comme des héros-libérateurs. En insistant au passage sur les tares des militaires, en général. Comme pour rappeler que la corruption n'est pas seulement une affaire de civils… Le pire dans tout cet embrouillamini est que nous n'avons jamais encore entendu, de part et d'autre, des propositions visant à sortir le Mali de ce schéma de gouvernance calqué sur celui de la France. Et nous n'avons eu aucun écho à l'appel que nous avons lancé au lendemain du « coup d'État ». Notre appel à une "RÉFLEXION SUR UN AUTRE MODÈLE DE GOUVERNANCE" au Mali. Nous nous demandons parfois à quoi sert-il de nourrir de nobles ambitions pour ce pays… 

 

MF Kantéka

vendredi 28 août 2020

MALI: LA RAISON D'ÉTAT CONTRE L'ÉTAT DE DROIT


Nous avons récemment entendu des débats dans lesquels on disait que, malgré le déroulement paisible de l'action concertée pour faire démissionner le président malien IBK, elle n'en demeure pas moins un coup d'État (qu'on estime condamnable). Pour cela, les débatteurs, dont des orateurs hors-pairs et des spécialistes du retournement de veste, avançaient des arguments juridiques, invoquant la Constitution et autres arguments techniques. Comme s'ils se voulaient plus légalistes que tous les autres juristes du Mali qui ont vu dans cette opération une façon de préserver l'intérêt supérieur du Mali, en le débarrassant d'un homme qui mettait sa survie en cause.
C'est pourquoi nous avons pensé à leur rappeler une règle qui transcende la Constitution. C'est la raison d'État! Et voici une des définitions qu'on donne de ce concept:
« La raison d'État est un principe d'action politique selon lequel l'intérêt ou la sauvegarde de l'État prime toutes les autres considérations, notamment les normes de l'organisation sociale, y compris celles de la morale et du droit. Ainsi, la raison d'État est invoquée par les gouvernants pour justifier une action illégale ou inconstitutionnelle au nom de l'intérêt public. Elle s'oppose aux notions de droit et d'État de droit.» (source: La Toupie)
Sur la base de la même définition, on peut aussi concevoir que cette raison d'État soit invoquée par une partie de la population, voire des militaires, pour écarter du pouvoir un danger potentiel pour le pays. Dans tous les cas, la Constitution ne saurait être une fin en soi (elle est même très souvent violée par ceux qui s'en servent pour accéder au pouvoir et s'y maintenir). La fin en soi est la survie de l'État.
On peut se servir des arguments de droit pour dire ce qu'on veut bien dire. N'empêche que la France elle-même, dont on singe les pratiques politiques, a donné sa bénédiction à ce changement de régime. Le ministre français Jean Yves Le Drian affirmait sur RTL que le président Macron a tenté en vain d'avertir IBK sur les dangers des pratiques consistant à truquer les élections. Et qu'en définitive, même si « il y a eu un coup d'État, il y a eu aussi la démission d'IBK.» Et que la France se met aux côtés du peuple malien.
Donc, insister là-dessus, comme le font les débatteurs-avocats du diable, c'est vouloir être plus royalistes que le roi. Y compris IBK lui-même qui affirme ne jamais vouloir retourner au pouvoir, même pour une seconde. Pas même pour tout l'or du monde! Alors, c'est quoi leur problème?

MF Kantéka

samedi 22 août 2020

MALI: RÉFLEXION SUR UN AUTRE MODÈLE DE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE


« Le temps des sauveurs suprêmes est révolu! Il n'y a pas de sauveur suprême! Malheur au sauveur suprême!», aimait clamer l'ancien président Alpha Oumar Konaré, pour exorciser les bruits de bottes qui résonnaient à ses oreilles dans les couloirs de Koulouba, annonciateurs d'un hypothétique coup d'État contre son régime vacillant.

Nous n'allons pas aller jusqu'à reproduire la baveuse rhétorique d'un homme d'État en proie à la frayeur. Cependant, nous convenons que le temps des hommes-providence n'est plus. À supposer que ce temps ait un jour existé. En moins d'une décennie, de 2012 à 2020, le Mali a connu quatre chefs d'État: Amadou Toumani Touré, Amadou Haya Sanogo, Dioncounda Traoré, Ibrahim Boubacar Keita. Aucun de ces quatre chefs d'État ne connut un sort heureux. Et celui qui viendra après IBK subira certainement le même sort, les mêmes facteurs conduisant aux mêmes conséquences. Puisque ce n'est pas uniquement une question de personne, mais de pratiques politiques.

C'est donc le temps de s'arrêter un peu et de réfléchir davantage à un autre mode de gouvernance qui se démarque de ce copier/coller de la démocratie occidentale avec des schémas qui n'ont été que cause de désastres dans notre pays. Comme le dit un adage malien: « Kalan koun yé ko don yé ». Ce qui veut dire que le but des études est l'acquisition de la connaissance. Nous avons beaucoup de gens instruits dans la classe politique malienne et en dehors, s'exprimant bien dans diverses langues ou faisant preuve d'une grande expertise en matière de droit, de science politique ou d'autres disciplines. Pourtant, tous demeurent servilement accrochés au système de gouvernance de l'ancienne puissance coloniale qui a encore le contrôle total sur notre politique interne. Sachant fort bien que ce qui marche en France ne marchera pas forcément chez nous.

Pourquoi ne pas profitez de l'engouement créé autour de la répudiation du président IBK pour amorcer un virage décisif qui concrétisera l'avènement du « Mali Nouveau » que tout ce beau monde semble appeler de son voeu? Les leaders du M5-RFP n'ont-ils pas dit que l'un des buts de leur combat est d'en faire un exemple pour toute l'Afrique? Peut-on espérer être un exemple quand notre action consiste seulement à faire tomber un régime pour le remplacer par un autre qui va reconduire le même schéma de gouvernance? N'est-il pas possible d'opter pour une autre forme de gouvernance qui correspond au type de société dans laquelle nous vivons?

Oui, c'est possible et même assez simple d'opter pour une autre façon de gouverner le pays. Pourvu qu'on y mette de la volonté et autant d'ardeur que celle déployée pour chasser un président du pouvoir. Et la transition politique, qui se profile à l'horizon, devrait servir à élaborer une nouvelle constitution qui s'inspirerait des propositions auxquelles nous avons pensé et qui offre une autre alternative de gouvernance qui se démarque de la partitocratie qui prévaut en ce moment au Mali, comme dans bon nombre de pays africains. Et nous aimerons en discuter avec les autorités qui seront mises en place pour la transition politique. L'appel est lancé!

MF Kantéka

mercredi 19 août 2020

DÉPART DU PRÉSIDENT MALIEN IBK: COUP D'ÉTAT OU MISE EN SCÈNE?


Tuons tout de suite le suspense en disant que la question n'est que pure figure de rhétorique. Car, en l'occurrence, il n'y a point de coup d'État. Certes, l'arrestation du président malien Ibrahim Boubacar Keita, le mardi 18 août 2020, avec tambour et trompettes, avait toutes les allures d'un coup d'État aux yeux d'observateurs non avertis. Mais, en s'y attardant un tant soit peu, on se rend compte que c'était une solution bien concertée pour décanter une situation intenable et contenter tout le monde. Y compris le principal intéressé IBK, empêtré dans un piège politique dont il voulait se soustraire, en sauvant la face et les meubles. Comme on peut le constater dans son discours de démission dans lequel il disait: « Si aujourd'hui il a plu à certains éléments des nos forces armées de conclure que cela devait se terminer par leur intervention, ai-je réellement le choix ? Je ne peux que m'y soumettre, car je ne souhaite qu'aucun sang soit versé pour mon maintien aux affaires.» Autrement dit, comme l'armée s'y est mêlée, je n'ai d'autre choix que de partir, en évitant un autre bain de sang.
Bien avant ce discours de circonstance du président déchu, certains internautes maliens affirmaient que ce « coup d'État » a été orchestré par IBK lui-même, pour ne pas perdre la face devant la CÉDÉAO (Communauté Économique des États de l'Afrique de l'Ouest). Ce n'est pas entièrement faux. Cependant, l'idée vient de plus haut qu'IBK. Nous ne doutons pas qu'elle vient de la France. On pouvait déjà la pressentir dans un précédent article ("POURQUOI MAINTENIR IBK ALORS QU'IL EST DANS L'INCAPACITÉ MANIFESTE D'EXERCER LE POUVOIR?" ) dans lequel nous faisions référence à un article de "Monde Afrique" (" AU MALI, L'AVENIR INCERTAIN DU PRÉSIDENT IBRAHIM BOUBACAR KEITA") faisant état de la défiance des « partenaires occidentaux» vis à vis du président sortant, à cause de sa versatilité. Mieux que cela, l'ancien ambassadeur de France au Mali, Nicolas Normand, dans une entrevue accordée à "Mali Actu", en date du 7 août 2020, affirmait sans ambages qu'on est « à la croisée des chemins » et que « si la situation se dégradait, peut être que des militaires essaieraient d’assurer une certaine continuité de l’État devant le chaos qui s’instaurerait.» Le diplomate français ne pouvait être plus explicite. Et, surtout, il parlait en connaissance de cause.

En un mot, compte tenu de la crispation de la situation, ce « coup d'État », qui n'en est pas vraiment un, faisait partie des options pour sortir de la crise. Il est bienvenu et a été concocté pour aboutir à une sorte de catharsis sociale. Des militaires improvisés en acteurs de cinéma qui jouent leur rôle à la perfection, en tirant des coups de feu à Kati (faisant penser à une mutinerie), puis se mettant à défiler dans la ville, au milieu de manifestants avec lesquels ils sympathisaient, en échangeant sourires, tapes et poing levés. Avant d'aller cueillir IBK et son Premier ministre Boubou Cissé qui les attendaient sagement à la résidence présidentielle. Puis les emportant au camp militaire de Kati, sans grabuge, dans une ambiance plutôt bon enfant. Rien qu'à voir les photos des protagonistes à leur arrivée à Kati, on se rend compte qu'il n'y avait pas péril en la demeure. Et pour clore ce scénario, merveilleusement ficelé, le discours émouvant d'un IBK qui fait peine à voir, compte tenu de sa vieillesse et de sa faiblesse. De quoi faire taire, pendant un temps, toute rancoeur qu'on pouvait nourrir à son égard. Et susciter la pitié ou la compassion dans les coeurs les plus endurcis!

Il n'y a pas à dire, ceux qui ont élaboré ce scénario de putsch ont fait preuve d'un génie à saluer. Parce qu'au delà de la résolution de la crise politique, ils ont réussi à réconcilier un peuple avec son armée, en perte de vitesse face aux terroristes qui écument le septentrion et le centre du pays, en y semant dégâts et désolation. L'armée malienne, tous corps confondus, est peut-être la grande gagnante de cette opération de charme. En ralliant le combat du M5-RFP, elle redore son blason en apportant l'accalmie et l'espoir dans les coeurs. Et le nom de Comité National pour le Salut du Peuple (CNSP) que s'est donné la junte militaire n'est pas usurpé, car elle s'est mise du bon côté de l'histoire en reprenant dans son discours la liste des calamités qui accablent le Mali en ces temps de turbulences.

Et si jamais vous doutez de la réalité de cette mise en scène, reportez-vous au coup d'État, qui était un vrai, perpétré contre ATT (Amadou Toumani Touré) en 2012. Ce n'étaient point des coups de sommation pour distraire le public, c'étaient des coups de canon qui ont été tirés sur le palais présidentiel, fracassant des blocs de béton, obligeant le locataire de Koulouba à fuir sur le dos de son garde de corps, en dégringolant de la colline du pouvoir. C'étaient des barrières militaires qui étaient parsemées un peu partout aux alentours de l'ORTM (Office de Radio-Télévision du Mali). C'étaient des gens qui fuyaient en traversant le Pont des Martyrs. C'étaient toutes les radios de la capitale qui ne pouvaient plus retransmettre. Et la télévision nationale sous silence radio jusqu'à une heure très tardive de la nuit. C'étaient des militaires ivres, torses nus, qui, dans la chaleur de la nuit, tiraient en l'air et projetaient d'aller prendre des hommes politiques (dont Soumaïla Cissé) et de venir les traîner sur le goudron…

Si vous en doutez encore, sachez que quand il y a coup d'État, il n'y a pas besoin de démission du président déchu. Dans le cas d'ATT, la lettre de démission a été exigée par la Cédéao, bien longtemps après le putsch. Rien que pour sauver la face. Et exorciser les démons du pronunciamiento qui guettent les présidents illégitimes d'Afrique.

Toujours est-il que le départ d'IBK est la réalisation d'un rêve prémonitoire que j'avais fait en 2013, avant son investiture, comme je le rapportai dans un précédent article: "ANALYSES ET VOYANCE POLITIQUES (2e Partie): LA FAILLITE D'IBK". Pour finir, je fais un petit clin d'oeil complice, pouce levé, au président français Emmanuel Macron, sans doute le dénommé "Manuel" de mon rêve prémonitoire qui aurait neutralisé IBK, habillé de blanc, en l'emportant dans une voiture blanche. Mystères de la nature!
MF Kantéka

mardi 11 août 2020

MANIFESTATIONS AU MALI: LE DOUBLE LANGAGE DE MAHMOUD DICKO


Parmi les revendications du mouvement de protestation M5-RFP, la seule qui n'arrive pas vraiment à faire le consensus est la démission du président malien IBK (Ibrahim Boubacar Keita). D'abord pour ses partisans qui assurent l'avoir élu démocratiquement. Mais aussi au sein du mouvement M5-RFP dont l'autorité morale est l'iman Mahmoud Dicko.

En effet, d'après nos observations, plusieurs sources font état de la volonté de l'iman d'épargner IBK. Le hic est qu'il ne le dit pas ouvertement. On perçoit le problème à travers d'autres sources. D'abord, au niveau de son porte-parole Kaou Djim qui donne parfois l'impression d'être une girouette, au point que certains l'ont accusé un moment de traîtrise.
On se souvient d'ailleurs d'un débat dans lequel Cheick Oumar Sissoko disait que Kaou Djim parle au nom de la CMAS, et pas au nom du M5-RFP, et disait même que la CMAS pouvait se retirer de leur mouvement si elle ne s'alignait pas à leur niveau.

Ensuite au niveau d'autres proches de l'iman qui, excédés, lui ont reproché de ne pas dire clairement qu'il exige le départ d'IBK. La confirmation de cette réalité nous a été rapportée dans une entrevue accordée par le très influent prédicateur Chérif Ousmane Madane Haïdara le 10 aout 2020, à la veille de la dernière sortie du M5-RFP. La veille, l'iman Dicko, dans une communication, avait lancé un appel au prédicateur Haïdara et à ses disciples. Cependant, Haïdara affirme que Dicko s'est entretenu avec lui au téléphone, mais ne lui a jamais parlé de cela et qu'il ne peut pas s'inviter tout seul, tout en reprochant au régime d'IBK certains de ses déboires. Il a même envoyé un avertissement, en rappelant que « Bamako ne pourrait pas contenir ses hommes.» Une façon de dire que quand il va entrer dans la danse, IBK n'aura plus d'autre choix que de partir.

La question qui préoccupe ici est de savoir ce que veut au juste l'iman Dicko. Est-il seulement préoccupé par le départ du Premier ministre Boubou Cissé, afin de le remplacer par un autre, choisi au sein du M5-RFP, doté de pleins pouvoirs? Poser la question, c'est comme y répondre. Mais, l'iman Dicko se trouve piégé par les circonstances. D'abord, il est tenu à l'égard des jeunes qui sont morts dans ce combat dont certains dans sa mosquée. Dire ouvertement qu'il ne souhaite pas le départ d'IBK serait comme un affront à leur mémoire. Ensuite, à l'égard des autres composantes du M5-RFP qui réclament purement et simplement le retrait du Président de la république. Et surtout la base même du mouvement, c'est à dire les masses populaires que les leaders mobilisent. Et ces dernières y verraient une trahison impardonnable.

Cette ambiguité de l'iman Dicko a pour résultat d'affaiblir le mouvement, voire de faire avorter le combat. À quoi cela sert-il de faire durer le suspense? Que craint en vérité l'iman Dicko?

MF Kantéka