vendredi 3 juillet 2020

QUAND LES NOIRS SE MANGENT ENTRE EUX


Voici un autre article qui ne va pas arranger mes affaires avec mes frères nègres. Cet article est la reprise d'un autre article que j'avais rédigé et qui a mystérieusement disparu dans mon ordinateur. Comme si les esprits, qui m'inspirent, m'envoyaient le signal de tempérer mes propos, à l'endroit d'une communauté très frileuse face à certaines vérités.
Pourtant, vu l'actualité effervescente relative à la lutte d'émancipation des Noirs dans le monde entier, le besoin s'est fait encore pressant pour moi de remettre cette question cruciale sur le tapis. Quitte à modérer, voire à émasculer, mes propos. À défaut de pouvoir recourir au dérivatif de l'humour pour édulcorer l'amertume d'une terrible réalité qui s'inscrit comme la seule véritable « malédiction » qui entache l'histoire de l'homme noir: la rivalité chronique. La rivalité fratricide! La désunion sacrée! Une terrible réalité qui remonte jusqu'à la mythologie égyptienne avec le combat entre Osiris et Seth. Une irréfragable rivalité qui est le contrecoup de l'extraordinaire puissance noire sans laquelle le monde n'existerait tout simplement pas. Une implacable rivalité sans laquelle les Noirs continueraient encore à être les maîtres du monde. Une incurable rivalité qui est la source de l'affaiblissement de l'Afrique par l'esclavage d'hier et celui d'aujourd'hui. Une déplorable rivalité, plus forte que les fusils et les canons des colons, qui est la véritable raison pour laquelle les Européens ont pu s'imposer en Afrique. Les archives sont encore là pour l'attester. Plus que les archives, la réalité quotidienne est là pour l'attester. Ai-je seulement besoin d'en rajouter, en évoquant tous ces assassinats politiques contemporains dont les bras n'étaient autres que nègres?
J'ai perçu récemment dans un certain milieu activiste africain la tentative visant à amoindrir le mouvement "Black lives matter" (les vies noires comptent), en essayant de l'opposer au "Black power" (le pouvoir noir) qu'ils associent au retour en Afrique. Derrière cet argument, en apparence motivé par le radicalisme, on perçoit une question d'ego. D'intérêts personnels. On y perçoit la réaction épidermique de leaders plus ou moins charismatiques qui aspirent au messianisme et éprouvent la crainte de se voir supplanter par un mouvement qui prend de l'ampleur dans le monde entier. Un mouvement bien plus grand qu'eux et leurs mesquines supputations. Sinon "Black lives matter" et "Black power" s'inscrivent dans le même combat. Ce sont deux étapes du même combat. Le mouvement "Black lives matter" s'inscrit dans l'immédiateté de la lutte pour la survie dans des sociétés impitoyables, régies par le racisme systémique et le massacre systématique des Noirs. Il ne s'aurait donc s'interpréter comme une forme de mendicité auprès des Blancs, visant à récolter des miettes de pain, mais plutôt comme une exigence consistant à leur dire: « Ça suffit! Vos vies ne comptent pas plus que les nôtres! Faites-nous de l'air, sinon on va tout saccager et tout brûler.» Ça s'inscrit donc dans la volonté d'infléchir le rapport de forces, afin d'aboutir à l'équilibre sans lequel la vie en commun serait impossible. C'est une question de vie ou de mort. C'est tout sauf une question théorique.
Quant au mouvement "Black power", il s'inscrit dans le moyen et le long terme pour aboutir à la jonction entre l'Afrique et sa diaspora dans un climat harmonieux. Et ce n'est pas une mince affaire. Parce qu'en dehors de la rhétorique et des professions de foi, il faut travailler très fort pour que l'amalgame prenne entre les frères séparés par la tragédie esclavagiste et les rancoeurs inextinguibles. L'Afrique n'arrive même pas à accepter encore tous ses enfants nés sur son sol, comme en témoignent les exodes massifs qui défraient la chronique, avec tous ces bateaux de migrants africains lancés sur les mers houleuses, au péril de leur vie, pour se diriger vers un esclavage consentant dans les « eldorado» de l'Occident. Sans compter l'exode non médiatisé des cadres et des cerveaux du continent noir vers ce même Occident, parce qu'ils n'arrivent pas à vivre décemment dans des sociétés africaines gangrénées par la corruption et le clientélisme. Sans compter encore le précédent posé par la guerre civile au Libéria, entre les transplantés afro-américains et les autochtones. Et les mentalités esclavagistes qui persistent chez certains Africains, obsédés par un vigoureux désir d'anoblissement au détriment de leurs propres congénères. Un réflexe motivé soit par l'obsession de maintenir une réalité féodale, soit par le traumatisme historique enduré par leurs ancêtres esclavagisés sur le sol africain.
Bref, beaucoup d'éléments à prendre en compte. Des sujets brûlants qu'évitent soigneusement tous ces activistes nègres qui pullulent sur la toile, jouant aux rock-stars. En se livrant au folklore.
La vérité est que la plupart de ces activistes « panafricanistes » pèchent par leur manque de sincérité et de loyauté. Leur activisme en question n'est lui-même qu'un avatar de cette rivalité fratricide évoquée précédemment. Car leur combat n'est pas le fruit d'une conviction profonde, mais le résultat d'une tentative de récupérer les réflexions d'autres congénères, en tentant de les occulter. C'est devenu un phénomène de mode et tout un fonds de commerce de s'approprier ce combat qui génère autant la notoriété que l'argent. Oui, il y est beaucoup question d'argent. Avec toutes ces histoires de financements occultes. C'est pourquoi certains de ces supposés panafricanistes sont prêts à tout pour rester sous les lumières et le plus près des micros pour débiter leurs slogans racoleurs. C'est devenu leur raison de vivre. Certains ne se font pas prier pour profaner les travaux de ceux qui ont consacré leur vie à creuser dans les mines d'or et les fosses septiques de l'histoire africaine, afin d'en sortir avec des pistes de solution pour une renaissance envisageable. Aussi, il n'est pas surprenant d'entendre dans la bouche de certains de ces leaders «panafricanistes» des propos piqués dans l'ouvrage d'un congénère, en les faisant passer pour «un proverbe africain», plutôt que de citer l'auteur de la réflexion. Pourquoi cela? Tout simplement parce ça leur brûle les lèvres de citer l'auteur de la réflexion, voyant en lui un rival qui risque de leur porter ombrage. S'ils sont aussi « panafricanistes» qu'ils le prétendent, qu'est-ce que ça leur coûte de citer un autre panafricaniste qui est leur source d'inspiration? Ils citent des grands noms de la littérature africaine, sans citer la source intermédiaire qui leur a permis d'accéder à ces oeuvres qu'ils n'ont peut-être jamais lues en entier ou ne les ont pas lues tout court. Cela s'appelle du plagiat. Plus qu'un « assassinat moral » (comme c'est le cas avec la diffamation, d'un point de vue criminologique, selon A. Bonnefoy), c'est un acte de sorcellerie, consistant à se revêtir de la peau de sa victime, en lui dérobant sa parole (qui est un attribut magique). Pire que cela, c'est du cannibalisme. Ils se construisent une identité avec les travaux de leurs congénères, qu'ils veulent voir morts, en se faisant passer pour des initiateurs qu'ils sont loin d'être.
D'autres vont jusqu'à se fabriquer des CV imaginaires pour s'attribuer une sorte d'autorité. Il y a même des maisons d'édition africaines qui participent à cette foire d'empoigne, en constituant un réseau de contrefaçons littéraires, consistant à dérober les travaux de chercheurs africains pour les donner à leurs protégés. Plein d'histoires là-dessus à faire vomir. Le désir de grandeur et la propension au messianisme sont si puissants chez certains Africains qu'ils sont prêts à faire couler des rivières de sang pour satisfaire ces pulsions mégalomaniaques. Au lieu de se sacrifier sur la croix, pour le salut de tous, comme l'aurait fait Jésus selon la littérature chrétienne.
Il y a aussi ceux qui préparent le terrain à de futures guerres de religions, en se faisant les champions de l'animisme ancestral africain qu'ils veulent opposer aux religions abrahamiques. Tout cela encore sur la base du plagiat d'oeuvres qui ont amorcé la question mais ne l'ont pas encore épuisée. Parce qu'ils sont trop pressés de se faire une réputation et de l'argent, ils se jettent sur les travaux des chercheurs pour s'en approprier. Sans en attendre les suites. Et dans cette frénésie, les caricatures sont les bienvenues. Ils ont tôt fait de ramener l'Arabe sous les traits du leucoderme musulman, opposé au Nègre animiste. Sans se douter que l'Arabe est à l'origine un Nègre, que l'Arabie fait partie intégrante de l'Afrique, que des Ancêtres dont ils se réclament (sans les connaitre) sont des Arabes. Qu'Allah lui-même est à l'origine un nom d'idole (animiste) datant du temps de la jahiliya.
S'ils avaient lu Cheikh Anta Diop, comme ils le prétendent, ils auraient su au moins que l'islam est dérivé du sabéisme dont la négrité ne fait pas de doute. Et si leur culture historique était aussi solide qu'ils le prétendent, ils sauraient aussi que le point de départ du christianisme est cette même Égypte dont ils se réclament. Tout comme le judaïsme. Dois-je ajouter qu'Israël est lui aussi une terre africaine?
Pour en venir à l'animisme ancestral, et pour m'en limiter au cas préoccupant de mes compatriotes maliens, qui leur a dit que le nom d'Allah ne figure pas dans les confréries initiatiques du Mali? Que savent-ils de l'origine du kòmò? Que savent-ils de l'identité du roi manding qui a ramené avec lui le concept de la Mecque? Que savent-ils de l'origine de Krina kònò ou l'oiseau sacré de Krina. J'ai déjà fait mon mea-culpa à ce propos en guise d'avertissement (voir mon article "Les nouveaux prophètes nègres face au piège du plagiat":https://www.facebook.com/MFKantekaPublicPage/posts/2279415808943727?__tn__=K-R). Mais, semble-t-il, ils sont réfractaires aux avertissements. Et si jamais ils persistent dans leurs pratiques affabulatoires, ils seront les dindons de leurs propres farces. La quête identitaire s'accommode mal avec le racisme. Je l'ai découvert à mes dépens. Il n'y a rien de pire que l'ignorance savante. L'ignorant qui se croit savant. Ça aussi, je l'ai écrit quelque part...
PS: Je ne crois pas avoir réussi à dire exactement ce que je voulais dire, mais je pense avoir réussi à exorciser en partie la douleur qui me dévore à cause de ces pratiques dégradantes.

MF Kantéka

vendredi 19 juin 2020

NOIR OU NÈGRE?


Je frémis déjà à l'idée du nombre incalculable d'ennemis que je vais me faire encore au sein de mes congénères. À cause de ce mot "Nègre" annoncé dans le titre. Ce mot tant redouté et honni par certains de nos frères et soeurs. Mais qu'ils ou elles ne se précipitent pas trop dans leur condamnation. Qu'ils attendent de finir la lecture de ce court texte, avant de me jeter la pierre de la damnation. Une pierre qui, d'ailleurs, est inopérante contre moi...

« Aimerais-tu qu'on t'appelle Noir ou Nègre?», me demandaient avec malice des camarades d'université, lors de mes premières années d'études dans le sud de la France. C'étaient des petits Blancs qui me posaient ainsi cette question insidieuse, s'attendant à ce que j'entre sous terre de confusion. Mais, ce sont eux qui rentraient dans leurs petits souliers, face à ma réponse: « Appelez-moi Noir ou Nègre. Ça ne change rien à ce que je suis. Et je suis très fier d'être ce que je suis.» Et voilà la question réglée! Finalement, je me suis rendu compte plus tard que beaucoup de Blancs, y compris mes petits camarades d'université et mes camarades de foot, rêvaient d'être comme moi: Noir ou Nègre. Pas seulement pour mon aspect physique. Ils enviaient même mon fort accent bambara (appliqué au français de France), consistant à rouler le «r» comme avec un tambour de guerre. Ils disaient que j'en abusais, parce que ça attire les femmes blanches. J'ai des tonnes d'anecdotes là-dessus. Des anecdotes que je réserve pour mes mémoires…

Maintenant, pour en venir à mes frères noirs ou nègres, je constate que certains d'entre eux en font une véritable maladie. Le mot "Nègre" sonne à leurs oreilles comme le gong du jugement dernier. Il y a même une écrivaine noire, lors de la sortie de mon premier livre publié (Odyssées noires), qui, à la lecture de ce mot dans mon livre, m'a fait tout un procès, allant jusqu'à donner à ce mot un sens de macchabée. J'ai beau lui dire que Noir et Nègre sont synonymes. J'ai beau lui expliquer que l'utilisation du mot "Nègre" ne date pas de l'esclavage des Noirs, mais remonte aux temps les plus glorieux du peuple noir, quand il dominait le monde, et que les Blancs croupissaient dans l'obscurantisme et l'esclavage. J'ai beau lui parler de "Nations nègres et culture" de Cheikh Anta Diop. J'ai beau lui parler de la "Négritude" d'Aimé Césaire. J'ai beau lui parler de Negro-spiritual. J'ai beau lui parler des "arts nègres". J'ai beau lui parler de Malcolm X et de Martin Luther King qui, tous, utilisaient ce mot " Nègre" (Negro) avec fierté. Rien n'y a fait. Elle ne voulait rien comprendre. C'était comme si elle me demandait de brûler mon stock de livres, à cause de la présence de ce mot "Nègre". Finalement, excédé, à bout de nerfs, je lui ai sommé de me rendre mon livre, moyennant remboursement. Parce que j'estimais que mon livre n'était pas fait pour elle et tous ceux qui réfléchissent comme elle. Mais, elle n'a pas voulu me le retourner. Parce qu'elle en avait besoin pour se soigner...

Tout ce préambule pour dire quoi? Tout ce préambule pour dire que les Noirs doivent arrêter de se définir par rapport au regard du Blanc. L'histoire de l'Homme noir ou Nègre n'a pas commencé avec l'Homme blanc et ne s'arrêtera pas avec l'Homme blanc qui n'est qu'un épiphénomène dans notre riche vécu de civilisateur du monde. Les Noirs qui condamnent l'usage du mot "Nègre" s'accommodent pourtant bien avec l'emploi péjoratif du mot "noir" pour désigner tout ce qui est laid et diabolique. Ils emploient même ces expressions, destinées  à jeter l'anathème sur les Noirs, par la force magique contenue dans le verbe. C'est pourtant sur ce terrain qu'il faut mener la guerre pour corriger les dictionnaires façonnés par les leucodermes.

Même si je concède que le mot "Nègre" dans la bouche d'un Blanc peut revêtir des arrière-pensées nocives, est-ce une raison pour que je prive ma prosodie de ce mot qui sonne si viril à mon oreille? Est-ce une raison pour que je fléchisse sous la pression de Nègres ou Négresses complexés qui singent l'accent des Blancs ou portent des perruques ou des mèches pour ressembler aux Blanches? Que chacun ou chacune vive sa noirceur ou sa négritude comme il ou elle l'entend. Et qu'on me foute la paix avec ce faux débat!
Moi, je connais mon histoire. Je connais mes ancêtres. Mon histoire n'est ni liée à l'esclavage ni à la colonisation ni à l'Homme blanc. La chute de l'Homme noir ne vient que de l'Homme noir. Tant que vous n'accepterez pas cette vérité, vous allez errer longtemps dans le labyrinthe de la futilité...

MF Kantéka

mardi 16 juin 2020

DES BÊTES HUMAINES PROGRAMMÉES POUR TUER


Le professeur de Sciences criminelles, André Vitu, coauteur du célèbre "Traité de droit criminel" (avec Roger Merle), nous mettait en garde contre les policiers français, en ces termes: « Si vous êtes confrontés à eux, ne discutez pas avec eux. Ne vous dites pas que vous êtes des juristes et que vous pouvez les convaincre. Évitez-les.» Eh, bien, le vieux Vitu savait de quoi il parlait.  Il n'y a rien de pire qu'un homme inculte, habillé d'un uniforme et armé d'un pistolet ou d'un revolver, à qui l'on confie notre sort, sous le noble prétexte de défendre l'ordre public. Il se croit investi d'un permis de tuer à sa guise, comme si la soif du sang est la véritable motivation qui l'a conduit à embrasser la carrière de policier. Le besoin irrépressible de tuer du gibier humain. Lui-même n'étant qu'une bête humaine programmée pour tuer. Tuer son semblable. Ajoutez à cette pulsion bestiale l'argument racial, et vous avez la réponse à cette succession de massacres d'Afro-américains par des policiers blancs. Sinon comment comprendre qu'en ces temps d'émeutes raciales, à cause du meurtre odieux de George Floyd à Minneapolis, un autre policier blanc ose tirer dans le dos d'un autre Afro-américain?

Seulement dix-huit jours après le scandaleux assassinat de George, survenu le lundi 25 mai, alors que l'Amérique pleure et brûle encore, voilà que Rayshard Brooks se fait buter dans la nuit du vendredi 12 juin, à Atlanta. Si encore il représentait une menace, on aurait pu comprendre. Mais, non, il fuyait. Il faisait dos et détalait, comme un gibier fuyant le chasseur,  pour mettre de la distance entre lui et les anges de la mort. Malgré tout, il n'échappa pas au trépas. La mort infligée par les bêtes humaines programmées pour tuer. Avec une froideur mécanique. Que peut-on dire d'autre sinon que les policiers américains sont des robots, incapables de réfléchir? Tuer pour eux relève d'un réflexe. C'est comme si on les a lobotomisés, en leur inculquant ce mot d'ordre: « N'hésitez pas à tuer des Nègres, à la moindre occasion.» Le pire est que même des policiers afro-américains n'hésitent pas à tuer leurs congénères…

Face à ce constat, on peut se demander qu'est-ce qui pousse des commerçants à faire appel à la police pour des broutilles. George Floyd a été sauvagement assassiné parce qu'un commerçant avait estimé qu'il lui avait fourgué un faux billet de 20$. Vingt malheureux dollars. Et l'Amérique a brûlé pour ça. Occasionnant des dégâts qui se chiffrent à des millions, voire de milliards de dollars. Et maintenant, c'est Rayshard Brooks qui fait les frais d'une dénonciation fantaisiste. Tout simplement parce qu'il dormait dans sa voiture, devant un restaurant, en attendant d'aller rejoindre sa femme et ses quatre enfants. Pour ça, on l'a refroidi. Et le restaurant en cause a brûlé dans les flammes des émeutes raciales qui secouent l'Amérique et qui continueront à secouer l'Amérique tant que les robots humains ne seront pas déprogrammés.

On se demande finalement, si les véritables responsables de ces malheurs ne sont pas ceux qui font appel à ces bêtes humaines pour des problèmes véniels qu'on peut régler par des paroles cordiales.  Les bêtes de la dénonciation futile n'ont dorénavant qu'à réfléchir avant d'agir, parce qu'elles ne s'en tireront plus à bon compte. Chaque fois qu'on prendra la vie d'un Noir pour des futilités, les commerces des dénonciateurs brûleront de mille feux et de mille flammes…

MF Kantéka

dimanche 14 juin 2020

LE RACISME À L'ORDRE DU JOUR


Les émeutes aux États-Unis et à travers le monde, suite au spectaculaire meurtre de l'Afro-américain George Floyd, a remis à l'ordre du jour les dissertations sur le racisme. Qui cesse soudainement d'être un sujet tabou dans les grands médias qui naguère avaient décrété une omettra sur le sujet. Taxant de réflexe de victimisation toute allusion à cette question.
Tout le monde a son mot à dire là-dessus maintenant. Même ceux qui ont alimenté ce fléau des lustres durant, soit par leur silence ou inaction, soit par leurs propos ou actes. Aussi bien des Blancs que des Noirs. Il y a même un congénère écrivain, connu pour ses clichés racistes, devenus immortels, qui s'est laissé allé dans une métaphore avec le virus du corona…

Ce sujet brûlant hante ma littérature, que ce soit sur les rapports entre Noirs en Afrique, les rapports entre Noirs et Maghrébins ou les rapports entre Blancs et Noirs… En mars 2009, alors que c'était encore un danger de mort de disserter là-dessus au Québec, quand on est immigrant, je m'y étais étalé à coeur joie. J'y avais consacré un article à deux volets. Voilà comment j'avais introduit le sujet:

« Dans son essai sur ’’LE RACISME’’, après avoir précisé que le concept de « race » est un terme d’élevage qui ne fut appliqué à l’homme qu’à partir du XVIIe siècle, ALBERT MEMMI, célèbre pour son ’’ Portrait du colonisé’’, n’a pas manqué d’ajouter :
« D’abord, la quasi-totalité des groupes humains actuels sont le produit de métissages, de sorte qu’il est pratiquement impossible de caractériser des « races pures ». Il est déjà très difficile de classer les groupes humains selon des critères biologiques toujours imprécis. Enfin, la constante évolution de l’espèce humaine et le caractère toujours provisoire des groupes humains rendent illusoire toute définition de la race fondée sur des données ethniques stables. »

Après de telles révélations, on pourrait croire qu’aucun homme avisé ne se hasarderait plus à prendre la tête de ses semblables avec de délétères questions de « race ». Ce serait se méprendre sur l’espèce humaine — bien en deçà de l’animal quant aux questions essentielles — et sa congénitale tendance à la mystification, parce que depuis que le monde est monde, les sociétés humaines se sont organisées autour de mensonges, érigés en vérités dogmatiques, servant tantôt de mode de fonctionnement de la société en question, tantôt de réflexes d’autodéfense face à des dangers souvent réels, mais la plupart du temps imaginaires et relevant de l’univers nébuleux et insaisissable des phobies. Et cela fut toujours un malheur pour le téméraire prompt à éventer ces mystifications. Phénomène universel et intemporel, le racisme fait partie de ces mensonges collectifs dont la dénonciation ne se fait pas toujours dans l’impunité…
C’est une musique macabre qui revient et reviendra toujours. Toujours et toujours. Sans cesse. Sans aucune possibilité d’y échapper. On y est mêlé d’une manière ou d’une autre. Que ce soit par vocation ou par … réaction. À moins de s’exiler sur une autre planète… Revêtant des formes différentes selon le contexte socio-écomico-politique du lieu qui l’a engendrée, la névrose raciste est aussi permanente que taboue. Et c’est souvent dans les sociétés où ce fléau est le plus vivace que tout un système de dénégation est mis en place pour étouffer les tentatives de dénonciation émanant des victimes. Un SYSTÈME DE DÉNÉGATION, accompagné de son lot de mesures d’intimidation et de répression, qui n’est pas sans rappeler le « SYSTEME CLOS » communiste évoqué dans la dernière enquête à propos de la névrose maçonnique. Autant le mot « complot » est tabou pour les maçons, autant le mot « racisme » l’est pour les racistes…

* * * * *

Si tout le monde est plus ou moins sujet à de sporadiques dérives racistes, personne ne veut être taxé de raciste. Pas même les racistes invétérés. C’est pourquoi dans des sociétés foncièrement racistes, on érige tout un marché de dupes où des voix médiatiques, plus ou moins autorisées, s’élèvent pour nier l’indéniable, n’étant pas elles-mêmes victimes des comportements incriminés — parce que faisant partie des groupes en position de force d’où émanent justement les actes racistes dirigés contre des groupes plus fragiles et moins organisés… »

Vous pouvez accéder au reste de cet article sur ce même blog, en cherchant dans les articles publiés en mars 2009.

MF Kantéka

samedi 6 juin 2020

DARNELLA FRAZIER, L'HÉROÏNE À L'ORIGINE DES MANIFESTATIONS CONTRE LE RACISME



C'est l'opportunité qui rend un être bienheureux. Au lieu de vanter une réussite, il faut d'abord louer l'opportunité qui a rendu cette réussite possible. On s'entend pour dire que les remous, qui ont découlé de la mort de George Floyd, sont en passe de changer la face du monde. Mais, on ne doit pas oublier qu'on n'en serait pas là, n'eût été l'heureuse initiative d'une adolescente afro-américaine de 17 ans, douée d'une étonnante perspicacité et d'un exceptionnel talent de cameraman (camerawoman). Elle s'appelle Darnella Frazier et est peut-être une parente proche ou éloignée du célèbre boxeur Joe Frazier. Elle se trouvait là, à l'endroit idéal et au moment opportun quand la main de la mort s'abattait sur la nuque de son congénère George, via le genou du policier négrophobe. Et Darnella, inspirée par des voix d'outre-tombe, a su faire sien l'adage selon lequel une image vaut mille mots. N'ayant pu intervenir, à cause d'un policier qui s'interposait, comme on le voit bien sur l'image, elle s'est contentée d'ouvrir sa caméra pour que le monde entier soit témoin d'un de ses innombrables cas de massacre silencieux auquel est confrontée la communauté afro-américaine.

Et cet acte, accompli avec un grand professionnalisme, a fait du meurtre de George l'élément déclencheur d'une rage qui dépasse celle de la communauté noire proprement dite. C'est la rage de tous les frustrés du système capitaliste raciste et négateur. Un système assassin et mensonger, à tous points de vue. Un système qui se sert des médias traditionnels pour étouffer les voix dissidentes. Un système responsable de la pollution du monde et des multiples nouvelles maladies qui nous empêchent de respirer l'air pur. Un système sur lequel je ne saurais m'étendre, au risque de dévier de mon propos qui est Darnella.

Darnella, un prénom qui est à jamais gravé dans mon coeur, comme étant le symbole de la jeunesse bien-pensante qui ne se sert pas des médias sociaux pour faire de l'ego-trip. Mais pour changer la face du monde, en faisant preuve d'audace et d'abnégation. Des personnes mesquines se sont attaquées à elle, sous prétexte qu'elle a posé ce geste pour avoir de la notoriété ou pour lui reprocher de n'être pas intervenue, au lieu de filmer. Si elle était intervenue, on n'aurait pas eu un mort, mais deux morts. Et dans l'impunité la plus totale! Car personne n'aurait été au courant de ces meurtres négrophobes. Et tous ceux qui font la fine bouche n'auraient pas profité du raz de marée de protestations qui se déversent sur le monde en ce moment. En ignorant l'état de détresse psychologique dans lequel se trouve en ce moment Darnella.

Je demande donc à tous ceux qui font oeuvre de charité auprès de la famille de George Floyd de ne pas oublier Darnella. Prêtez-lui main forte en la faisant suivre par un psychothérapeute. Car on ne sort pas indemne de la vision qui a été la sienne, en assistant au meurtre sauvage de son congénère. Surtout quand on n'a que 17 ans. Je vous parle en connaissance de cause, pour avoir été le témoin indirect (même pas direct comme Darnella) des suicides de deux de mes amis (une Blanche et un Noir). Et je ne sais pas encore comment m'en remettre. Et seule ma mission m'empêche de faire comme eux.

MF Kantéka

PS: Si vous devez ériger un monument à la mémoire de George Floyd, n'oubliez pas de l'accompagner de celui de Darnella Frazier, comme étant son ange-gardienne.

dimanche 31 mai 2020

GEORGE FLOYD OU LA FORCE DE LA MORT



Victime ou héros? C'est la question qui me vient à l'esprit, face à l'effervescence qui accompagne le meurtre de l'Afro-américain George Floyd par le policier blanc de Minneapolis, Derek Chauvin.

Dans un premier temps, la vidéo du meurtre montre le policier blanc avec un air triomphal, la main dans sa poche, pendant qu'il étouffait avec son genou le malheureux Noir, totalement à sa merci. C'est un symbole fort de la suprématie blanche qui rappelle de douloureux souvenirs relatifs entre autres aux lynchages du Ku Klux Klan, pendant les temps sombres de l'esclavage et les débuts d'émancipation du peuple noir d'Amérique étasunienne. Curieusement, c'est ce symbolisme macabre qui allait opérer un changement de situation dans cette funeste aventure. En soulevant l'indignation et l'ire dans le monde.

Par un miraculeux retournement de situation, c'est la victime noire qui allait prendre le contrôle de la situation et faire du policier meurtrier, blanc, la véritable victime de l'affaire. Autrement dit, en enlevant la vie à George, le bourreau n'a fait que le libérer de sa prison corporelle et de ses limites humaines. Il l'a mis dans sa véritable dimension. Sa dimension divine! Il lui a donné le pouvoir de soulever des masses à travers toute l'Amérique. Et pas seulement aux États-Unis. Il lui a donné le pouvoir de mettre en feu et en flammes Babylon. Il lui a donné le pouvoir de faire fléchir les forces sataniques du Babylon blanc. Il lui a donné le pouvoir de réveiller les consciences assoupies. Derek a donné à George tout ce qu'il rêvait de faire et qu'il n'aurait pas pu faire étant dans son corps de Noir américain.
Et l'on se rend finalement compte que la main du policier dans sa poche, avec son air impassible et triomphal, était en réalité une main enfoncée dans sa propre tombe. Et son air triomphal et impassible n'était en réalité que sa résignation face à sa descente inéluctable dans les enfers. Et, Derek Chauvin entraîne dans sa chute tous ses frères blancs qui lui ressemblent. Car, on ne leur pardonnera plus rien. Plus jamais, un Blanc, sous prétexte qu'il a un pouvoir quelconque, ne sera toléré dans la démesure.

Pour résumer, je dirai que George Floyd, contre toute apparence, n'est pas une victime. Mais un héros et un héraut. Et, seule cette mort tragique pouvait lui conférer le rôle qu'il était venu jouer sur terre. Et, c'est ce genre de mort que je me souhaite à moi-même. C'est seulement cette mort-là qui pourrait me rendre justice pour toutes les souffrances que j'ai endurées sur cette terre. De la part des Blancs et de la part de mes propres frères. Y compris mes frères consanguins et utérins.

Puisse le ciel me faire grâce de cette force de la mort!

MF Kantéka

samedi 30 mai 2020

AFFAIRE GEORGE FLOYD: L'AMÉRIQUE EN FEU POUR UNE AFFAIRE DE 20$



« Au lieu de t'en prendre au lieu qui t'a vu chuter, il faut t'en prendre à la pierre qui t'a fait trébucher», dit un adage de chez moi. Et il s'applique bien à la situation qui fait rage en ce moment aux États avec le meurtre de l'Afro-américain George Floyd par le policier blanc Derek Chauvin. Avec à la clé la mise à feu et à sac de la ville de Minneapolis et d'autres villes américaines.

Et cette fois-ci, la pierre qui a fait trébucher l'Amérique est la somme de vingt misérables dollars (20$). Oui, 20$. Vingt misérables dollars! C'est un commerçant de Minneapolis qui s'est plaint à la police pour soi-disant avoir reçu un faux billet de 20$ de la victime George Floyd. Et c'est pour cela que quatre policiers américains furent dépêchés sur place et que le dénommé Derek Chauvin, après avoir mis à plat ventre George Floyd, menotté et impuissant, lui a planté sur sa nuque son genou meurtrier pour lui enlever le souffle de la vie. Entraînant la mise à feu de la ville de Minneapolis et d'autres villes du pays de l'Oncle Sam.

Au delà du racisme systémique qui sévit dans ce pays au passé esclavagiste et génocidaire, prenant prétexte de n'importe quelle broutille pour incriminer et assassiner des Noirs, c'est l'absurdité même du système capitaliste qui est étalée ici. La loi pénale est censée protéger le corps, les droits et les biens des citoyens. Et voilà que pour une affaire de 20$ dollars —20$ misérables dollars —, on a pris la vie d'un homme de bien et entraîné la destruction des biens de plusieurs villes pour un montant qui pourrait s'élever à plusieurs millions de dollars. Et attisé des rancoeurs inextinguibles. Dont celle qui m'habite maintenant et qui  servira sans doute d'inspiration à un livre qui pourrait faire sauter l'Amérique...

Voilà jusqu'où peut mener l'absurdité du racisme.
Voilà jusqu'où peut mener l'absurdité du système capitaliste.
Voilà jusqu'où peut mener l'absurdité de la haine raciale.
Voilà jusqu'où peut mener la violence atavique que l'homme blanc nourrit contre l'homme noir. Et contre l'humanité entière.
Voilà la pierre qui fera tomber l'Occident dans les années à venir.
Ô que c'est triste!

MF Kantéka